Es-tu féministe, sexiste ou normal.e ?

Es-tu féministe, sexiste ou normal.e ?

Attention, il y a un piège dans la question ! Ce dimanche, je me suis levée en forme avec l’intention de résoudre l’un des plus grands malentendus de l’humanité, tranquilou. Alors c’est parti, on commence tout de suite avec une citation que vous avez vu venir si vous êtes une personne bien informée :

“J’ai l’impression qu’on devrait arrêter d’appeler les féministes des ‘féministes’ et, à la place, nommer ceux qui ne le sont pas des ‘sexistes’ – tous les autres sont simplement humains. On est soit une personne normale soit une personne sexiste. Les étiquettes sont pour les mauvaises personnes”.

Maisie Williams en 2016 dans Entertainement Weekly (Pour ceux qui ne savent pas qui est Maisie Williams, elle interprète Arya Stark dans Game of Throne, un bout de femme costaud qui n’hésite pas à trancher des têtes par-ci par-là)

Je suis entièrement d’accord avec ce raisonnement rempli de bon sens. Je me rappelle l’avoir découvert en 2016, et m’être sentie heureuse que quelqu’un mette des mots sur ce que je ressentais exactement. Il faut dire qu’à l’époque, je m’exprimais sur la question à peu près de cette manière : “Oui, évidemment que je veux l’égalité homme-femme. Mais ça me semble juste normal, je ne veux pas me considérer pour autant comme une féministe”. Sans me rendre compte que c’était comme si je disais “Oui, évidemment j’ai une sorte de cartilage autour de mes narines, mais bon, je ne voudrais pas non plus y mettre l’étiquette de nez quoi.”

L’étiquette de “féministe” n’est vraiment pas agréable à porter. Le mot en lui-même donne l’impression d’un mouvement féminin qui s’érigerait contre les hommes. Et on voit la féministe type comme une femme un peu hystérique, qui va trop loin et dessert la cause – alors qu’on pourrait juste s’opposer au sexisme sans utiliser ce mot et s’éviter ainsi de trimbaler toute cette négativité et ces polémiques inutiles.

OUI, MAIS. (Evidemment qu’il y a un mais, sinon j’aurais rien à écrire dans mes articles.)

Le problème, c’est que la sagesse de Maisie Williams, que j’ai appliquée pendant des années, serait judicieuse si le problème venait des gens sexistes : or, le problème, c’est que la société est sexiste au plus profond de ses racines. Là où ça coince, à mes yeux, c’est qu’une personne normale, en 2020, est sexiste. Parce que même si elle est pleine de bonnes intentions et a reçu une éducation bienveillante, elle aura grandi dans une société sexiste. 

C’est difficile de s’en rendre compte, et encore plus à accepter. L’humain n’aime pas le changement, encore moins ce qui touche à son ego. Hommes comme femmes, nous avons intériorisé ce sexisme et nous continuons de le perpétuer en pensant que c’est la norme, et rompre cette norme demande de considérer le problème activement (oui, je sais, il fait un peu trop chaud pour réfléchir, mais allez chercher un bol de glaçon, c’est parti !)

Tour d’horizon de la situation en 2020 et quelques trucs à faire pour l’améliorer

1 Les femmes se chargent encore beaucoup plus que les hommes des tâches domestiques, sans parler de la charge mentale, c’est-à-dire le fait de devoir tout le temps porter dans un coin de sa tête la logistique du foyer. Pour mieux comprendre ce qu’est la charge mentale, je vous recommande d’aller faire un tour sur l’excellente page instagram “t’as pensé à” (allez-y pour de vrai, même si vous pensez avoir compris ! je vous surveille !)

→ Bon ben c’est simple, les hommes faites votre part des choses quoi. Ne vous contentez pas d’aider, car ça veut dire que vous considérez la femme comme la responsable du foyer et vous comme une aide ponctuelle. Juste, faites les choses aussi, du début à la fin (par exemple, faire une soupe, c’est décider de le faire, acheter et cuisiner les ingrédients, puis laver les ustensiles : ça semble évident, mais combien de mecs dans la salle l’ont déjà fait ? Levez la main pour voir ??)

Une photo de Frenchadventurer, qui en dit long…

2 Elles subissent encore tellement de clichés : on utilise par exemple l’instinct maternel pour les conditionner à passer plus de temps que les hommes avec les enfants, alors qu’il s’agit d’un mythe sans fondement scientifique ! On associe encore globalement la féminité à la douceur, la sensibilité, l’empathie… On s’imagine qu’il y aurait là une complémentarité avec la nature masculine plutôt du côté de l’action, des responsabilités, de la force… FOUTAISES ! Ces traits de caractère ne sont pas innés mais forgés par notre éducation et notre vécu. 

→ Soyons juste nous-mêmes, montrons notre ambition et notre force en tant que femme, notre sensibilité et nos faiblesses en tant qu’homme, en se demandant quel rôle a joué notre éducation dans la personne que nous somme. Renseignons-nous pour déconstruire les préjugés. Artistes, réfléchissons à tout ça quand nous créons des personnages.

3 Elles ne peuvent pas évoluer dans l’espace public comme les hommes le font : il faut éviter de marcher seule la nuit, de prendre certaines rues, etc. Et même se déplacer en plein jour et bien entourées ne les protège pas du harcèlement de rue : interpellations humiliantes, contacts non désirés dans les transports, intimidations…

→ Ouvrons les yeux. Éduquons les petits garçons à laisser les filles tranquilles au lieu d’éduquer les filles à se faire oublier. Réagissons si quelque chose se passe autour de nous dans l’espace public.

Manet, Tu viens ici souvent ? Vas-y réponds wesh

4 Elles portent la responsabilité de la contraception, alors que des solutions satisfaisantes ont été trouvées pour les hommes, mais ne sont pas commercialisées à cause de leurs effets secondaires… qui sont bien bien moins dangereux que ceux de la pilule. 

→ Renseignons-nous sur les progrès de la contraception masculine, et en attendant, les mecs, ne laissez pas les femmes toutes seules là-dedans, écoutez-les et aidez-les comme vous pouvez. Pour info, il faut être deux pour faire un bébé, donc ça vous concerne aussi.

5 A cause du tabou créé autour des règles considérées comme sales, la plupart des petites filles sont passées par l’expérience traumatisante de découvrir du sang dans leur culotte sans savoir de quoi il s’agit, et de passer des journées dans l’angoisse de “la tâche” qui les humilierait de la pire façon, le tout en devant cacher une douleur souvent incomprise et banalisée. 

→ parlons des règles, arrêtons d’y réagir avec du dégoût, prenons au sérieux les femmes quand elles ont mal et que ça affecte leur moral. 

6 C’est triste à dire, mais en 2020 la culture du viol est encore bien présente. C’est notamment le mythe selon lequel les hommes ne sauraient pas contrôler leurs “pulsions” et que ce serait aux femmes d’éviter les problèmes, ou encore le fait que la frontière entre séduction et agression ne soit pas bien délimitée. La honte est déplacée du côté de la victime, qui n’aurait pas dû s’habiller comme ça, boire autant à cette soirée, passer par cette rue de nuit… tandis que les coupables restent trop souvent impunis et peuvent continuer leur vie tranquilou. 

→ arrêtons de nous voiler la face en pensant que les violeurs ne sont que quelques tarés à emprisonner. La plupart des viols sont commis par des gens normaux, souvent des proches de la victime. Prenons position du côté des victimes, créons un espace safe pour qu’elles puissent s’exprimer sur ce qu’elles ont vécu et déplaçons la honte du côté des agresseurs. 

7 Les femmes ne sont jamais en paix avec les injonctions sur leur physique. Pour être physiquement acceptables, elles doivent consacrer du temps, de l’argent, et de la souffrance à faire la guerre à leurs poils (qui pour rappel sont aussi naturels que les poils masculins), mettre en valeur leur poitrine avec des soutien-gorges désagréables et surtout cacher leurs tétons qui sont sexualisés même chez les petites filles (alors qu’ils ne sont pas plus “sexuels” que les tétons masculins), se battre contre les effets du temps qui altèrent leur beauté alors qu’ils sont beaucoup mieux acceptés chez les hommes, développer une relation malsaine avec leur propre corps qui doit être ferme mais pas trop musclé, etc… On ne se rend pas compte du temps, de l’argent et de l’énergie mentale qui part dans tout ça, ni de la souffrance que ça engendre !

→ foutons la paix aux femmes sur leur physique. Acceptons qu’une femme naturelle, c’est une femme sans maquillage, avec du poil au jambe, de la cellulite, des rides, des seins de différentes formes… Les mecs, apprenez à vraiment trouver les femmes belles au naturel, et aidez vos copines à accepter leur corps au lieu de les laisser souffrir pour qu’elles correspondent aux critères.

Picasso, femme essayant de répondre à toutes les injonctions contradictoires sur son physique

8 C’est plus difficile pour elles de prendre de la place : encore sous-représentées, invisibilisées et rabaissées dans de nombreuses sphères, c’est plus difficile pour elles de faire entendre leur voix dans les débats, de se mettre en avant, d’accéder à certaines positions, d’être crédible. 

→ ouvrons les yeux sur leur invisibilisation dans les domaines qui nous intéressent (histoire, littérature, télé…). Et quand elles parlent, laissons-les parler bordel, et prenons-les au sérieux. 

9 Et la société ne manque pas d’inventivité pour les faire taire quand elles veulent dénoncer haut et fort toutes ces injustices : dans le passé, celles qu’on considérerait aujourd’hui comme “féministes” ont été massivement brûlées, assassinées, ou internées pour folie (on a tendance à le minimiser et le présenter comme un fun fact historique). Aujourd’hui, on a tendance à voir les féministes comme des hystériques, des femmes repoussantes et frustrées, majoritairement lesbiennes… 

→ avouez que vous avez ce cliché sur les féministes quelque part bien profond dans votre inconscient ! Il a été créé à dessein, pour entériner les revendications légitimes des femmes.

Bon, je vais m’arrêter là, il y aurait encore tellement de choses à dire… Mais je pense que ce petit tour d’horizon suffit à comprendre que NON, l’égalité homme-femme n’est pas encore atteinte dans les faits. Y a du boulot, hein ? La bonne nouvelle, c’est que si ce sexisme fait partie de la société et est incarné par chacun d’entre nous, ça veut aussi dire que chacun d’entre nous a la possibilité d’inverser la tendance, en ouvrant les yeux, en se renseignant, en écoutant les personnes bien renseignées et concernées, pour rendre le monde plus juste. 

… Et comment on s’applique à toujours être à côté de la plaque

Et en 2020, nous qui voulons avec les meilleures intentions cette égalité homme-femme, au lieu de s’attaquer directement à ces problèmes… on préfère se prendre la tête sur des débats inutiles. Ne vaudrait-il pas mieux dire “égalitariste” ou “humaniste” ? Ces féministes-là ne vont-elles pas trop loin ?? Et la liberté d’expression, que diable, on peut même plus rire ! Si on continue on va faire disparaître la galanterie ! Vous mettez tous les hommes dans le même panier ! Moi je trouve que les femmes sont belles sans maquillages ! Et les hommes aussi subissent des injonctions !! 

Artemisia Gentileschi, Débat féministe

Ces questionnements sont compréhensibles et méritent des réponses que je vais essayer de donner ci-dessous. Le problème, c’est qu’au lieu de s’intégrer au combat féministe, ils le remplacent et nous divisent. Essayez de mettre le sujet féministe sur la table lors d’un repas de famille ou d’une soirée (histoire de ruiner un peu l’ambiance), vous verrez que l’une de ces objections va fuser dans les minutes qui suivent et remplacer le débat d’origine. On arrivera à une conclusion inutile du style “oui, bien sûr, c’est pas tous les hommes, le problème c’est ceux qui pensent ceci cela”, et finalement on n’aura pas parlé du vrai problème et rien n’aura avancé. 

Donc, pour en finir avec ces faux débats d’autruche : 

1 Moi, je préfère dire que je suis humaniste / égalitariste. Les mots ont une histoire et un sens. L’humanisme est un mouvement de pensée de la Renaissance qui n’a pas grand chose à voir avec notre affaire. L’égalitarisme est une doctrine prônant l’égalité, qui englobe tous les aspects : le genre, l’origine, la classe sociale, l’orientation sexuelle… Si tu es égalitariste, tu es forcément féministe, c’est inclus dans le package. Et il semble judicieux de considérer ces inégalités séparément, car elles représentent toutes un combat à part entière ! (voir à ce propos ce très bon post de mécréantes)

2 Le féminisme était important autrefois, à l’époque des suffragettes, mais aujourd’hui l’égalité est atteinte. J’espère que tous les exemples que j’ai rassemblés dans cet article suffisent à prouver le contraire, et je voudrais rajouter que ceux qui utilisent cet argument aujourd’hui se seraient sans doute opposés aux suffragettes, considérées comme extrémistes à l’époque ! C’est beaucoup plus facile de vouloir que ce qui est “normal” aujourd’hui le reste que de faire un effort d’ouverture d’esprit ! Dans cinquante ans, quand on regardera en arrière et que nos petits-enfants trouveront horrible le sexisme de 2020… est-ce que vous voudrez leur dire que vous avez participé au changement, ou que papi était trop occupé à défendre le mot “égalitariste” et à dire à mamie qu’elle pourrait quand même s’épiler les aisselles pour aller à la plage ?

3 Faut pas mettre tous les hommes dans le même panier, moi je ne suis pas comme ça. Alors, je sais que c’est difficile à entendre, mais ceux qui utilisent des arguments comme ça vont devoir accepter que le monde ne tourne pas autour d’eux. Les hommes ont tendance à prendre tous les propos féministes comme des attaques personnelles, alors qu’en réalité ces propos s’attaquent au sexisme. Quelle que soit la pureté du comportement d’un homme envers les femmes, 1) il est très possible qu’il porte comme tout un chacun des préjugés intériorisés, 2) ça ne le dispense pas de s’opposer au sexisme

4 On ne parle pas assez de [insérer une autre cause]. Ah, nous revoilà au syndrome du végétarien qui ne devrait pas prendre l’avion ni avoir de smartphone. A savoir que quand on commence à s’attaquer à une cause, on devrait être irréprochable sur toutes les autres. Alors oui, les hommes aussi peuvent subir des injonctions et être victimes de viol, et OUI, c’est un sujet important, mais c’est tout simplement un autre sujet. L’idée, c’est d’avancer sur les différents sujets, et pas d’en brandir un chaque fois qu’on en évoque un autre, parce qu’on ne peut pas parler de tout à la fois et que ça ne fait pas avancer les choses. Si vous lisez un article sur les injonctions féminines, au lieu de laisser un commentaire sur les injonctions masculines qui ne fera que polluer et détourner le sujet, allez tout simplement lire un article sur les injonctions masculines à la place ! Vous voyez l’idée ?  (à propos de la masculinité, je conseille le compte instagram “tu bandes ?” et la chaîne “vous êtes vraiment sympa“)

5 Il faut se concentrer sur les vrais combats, comme punir les violeurs, au lieu de se prendre la tête sur des détails comme l’écriture inclusive ou le port du soutien-gorge. Pourquoi attendre que l’irréparable soit commis pour se dire qu’il y a un problème dans notre société ? Il faut voir le sexisme comme un continuum, un iceberg dont la partie émergée cache tout un système invisible. Chaque petite manifestation de sexisme ordinaire participe à l’inégalité et à la culture du viol (oui, même cette blague de ton grand-oncle sur la blonde et le plombier que tu trouves quand même un peu drôle, désolée).

Rassemblons-nous au lieu de nous diviser ! 

Je comprends tout ce mic-mac autour du féminisme. C’est dur à admettre, mais moi-même, je n’ai pas envie de porter une étiquette qui me prive souvent de la considération masculine. Je n’ai pas envie que quand on me présente à quelqu’un, on précise “je te préviens, elle est un peu féministe” pour dire poliment que je suis une chieuse. Je n’ai pas envie de porter la responsabilité de cette position dans les discussions alors que je n’aime pas me mettre en avant. 

Mais, j’ai encore moins envie de continuer à véhiculer le sexisme, alors j’accepte de porter l’étiquette “féministe”, car la considérer comme négative c’est laisser le sexisme triompher. 

Gardons à l’esprit que dans un mouvement, il y a toute une palette de personnalités, pas seulement celle qui fait le plus de bruit. Il y a ceux qui collent des affiches, interpellent et provoquent, rassemblent les troupes ; ceux qui passent du temps depuis leur chambre à se renseigner sur le pourquoi du comment, lisent des livres, et aident à véhiculer l’information ; ceux qui se contentent d’être d’accord et d’avoir le courage de le dire quand il le faut ; ceux qui ne font que commencer à s’y intéresser doucement ; etc. Moi-même, je n’ai pas le courage de sortir non-épilée ou de critiquer mes proches car je n’aime pas attirer l’attention et générer le conflit. Je lis un livre ou un article sur le sujet de temps en temps, mais pas souvent, car je préfère lire des fictions que de me souvenir que le monde est moche. Mais pas besoin de crier dans la rue pour être féministe : il suffit de penser que les femmes ne sont pas des paillassons, et vous remplissez les critères. 

Oui, je trouve que certaines féministes vont trop loin et diabolisent les hommes. Non, je ne me reconnais pas dans 100% du mouvement. Oui, je considère que certaines femmes sont assez dérangées ou en manque d’attention pour utiliser le #meetoo par effet de mode. Mais en ressentant ces choses là, c’est de la connerie humaine dont j’ai peur : pas du féminisme en lui-même. Arrêtons de nous tromper d’ennemis : si tous ceux qui s’opposent au sexisme se rassemblaient pour vraiment s’opposer au sexisme, au lieu de se diviser sur des questions métaphysiques, le sexisme ne ferait pas long feu ! 

Ne perdons plus de temps pour vraiment s’attaquer à ce sujet, il concerne quand même la moitié de la population… et l’autre moitié aussi, d’ailleurs. Un monde sans sexisme, ce serait aussi un monde où les hommes pourraient exprimer leurs émotions au lieu de les refouler, passer plus de temps avec leurs enfants… On a parfois l’impression qu’être féministe c’est s’opposer aux hommes, alors que c’est tout le contraire. Les deux sexes sont coupables et victimes du sexisme. Un homme féministe n’est pas un homme efféminé (même si ça ne devrait pas être négatif) : c’est un homme courageux. 

Merci infiniment d’avoir lu cet article avec l’esprit ouvert, ça fait de vous une personne qui participe à créer un monde meilleur et je suis très heureuse de vous avoir dans mon entourage. Prenez soin de vous, soyez patients avec ceux qui n’ont pas eu les bonnes informations, et ne vous fatiguez pas avec ceux qui tiennent très fort à leur mauvaise foi. On se retrouve dans les commentaires pour votre opinion, vos témoignages, vos doutes existentiels ou objections éventuelles !

Elise

Pour aller plus loin : 

  • Livres faciles, rapides et agréables à lire : Libérées ! de Titiou Lecoq, Beyonce est-elle féministe ? de Margaux Collet et Raphaëlle Rémy-Leleu
  • Et pour aller plus loin et comprendre le problème à la racine, je conseille les livres de Mona Chollet : Sorcières, la puissance invaincue des femmes et Beauté fatale
  • Je ne l’ai pas encore lu, mais on conseille souvent pour les hommes spécifiquement Descente au coeur du mâle de Raphaël Laugier 
  • Comptes instagram : Mécréantes, Sorcière ta mère, T’as pensé à
  • Le podcast “les couilles sur la table”
  • Les excellents Ted talks sur le féminisme, notamment celui-ci et celui-là
Comment trouver sa place quand on est multipotentiel / multipassionné ?

Comment trouver sa place quand on est multipotentiel / multipassionné ?

Bonjour à tous !

ça fait longtemps, non ? Vous êtes toujours là ?…

Alors oui, je sais bien que si on veut avoir un blog qui marche, il faut poster régulièrement. Mais oubliez donc cette mentalité de productivité capitaliste que je vous ai attribuée sans vous demander votre avis. Tout comme un humain, avant de marcher, un blog ça titube, ça tombe, ça se repose, et ça se relève. Et tout comme moi, puisque je l’ai fait à mon image, ce blog a du mal à trouver son chemin dans ce monde.

Grâce à un coloc bien avisé qui se reconnaîtra s’il passe par là, j’ai pu récemment mettre un mot sur le problème pourtant évident qui m’empêche d’être aussi ambitieuse que je le voudrais. Je fais partie de la glorieuse caste des multipotentiels, ces êtres humains supérieurs qui ont beaucoup trop de talents pour ce bas monde (pas du tout). En fait, à ce terme, je préfère celui de “multipassionnée“, parce que je pense qu’on est tous multipotentiels, et que le problème consiste plutôt en ce manque de bon sens qui nous empêche de faire des choix. En résulte une impression que tout est possible, et une peur bleue de se fermer des portes. Concrètement, dans la vie de tous les jours, ça se présente comme ça :

Cerveau : Dis, Elise. Tu es une adulte, maintenant. On peut plus s’amuser comme avant à avoir mille passions à la fois, il faudrait faire un choix et s’y tenir. De préférence, quelque chose qui te donne un travail.

Moi : Mgnbhdjks.

Cerveau : Ah, oui, on n’a pas encore pris de café. Voilà, donc, si tu ne veux pas être prof toute ta vie, il y a l’écriture, le dessin, la cause animale, écologique et féministe, le blogging… On va laisser le reste de côté pour l’instant. J’ai fait une carte mentale très sophistiquée pour trouver une solution, et je me suis dit qu’on pourrait se lancer en freelance en continuant à enseigner, pour écrire des romans et faire un blog sur tout le reste, et on verra les opportunités que ça ouvre pour affiner le choix par la suite. Et le reste, on le garde en loisir, sans pression. Qu’en dis-tu ?

Moi : Je vais apprendre le ukulélé.

Cerveau : Quoi ? Mais si tu as envie de musique, on n’a qu’à reprendre la flûte, on avait atteint un bon niveau, ou au moins le piano ou le violon qu’on a essayés quand on était petits, mais je pense qu’il faudrait plutôt…

Moi : JE VAIS APPRENDRE LE UKULÉLÉ. C’est mon destin, comment ai-je pu passer à côté si longtemps ?

Et c’est ainsi qu’Elise ne trouva pas de place dans la vie.

Henri Gervex, Cerveau tentant de raisonner Elise

Ce qui est assez problématique dans un monde où on est censé trouver un travail à temps plein qui définit notre quotidien et même notre identité. Mais rien ne sert de se lamenter sur l’hostilité de ce bas monde pour les âmes créatives (après tout, si on n’est pas contents, on n’a qu’à déménager au pays des schtroumpfs pour devenir troubadour). Je préfère persévérer à chercher les petits chemins qui me permettent d’y évoluer sans sacrifier ce qui me tient à cœur. Je profite d’avoir beaucoup lu et réfléchi sur ce “problème” pour partager le fruit de mes tribulations à ceux qui par hasard s’y reconnaîtraient.

(J’ai beaucoup hésité à publier quelque chose sur le sujet parce que ça fait très “problème de riche” et les problème de riches ont arrêté d’être en vogue depuis la mort de Lamartine à peu près, mais trop tard, je suis lancée.)

Passion amoureuse, passion artistique, même combat

Rassurez-vous tout de suite, ce papillonnage ne s’applique pas à ma vie amoureuse, qui n’est d’ailleurs absolument pas le sujet (ouf). L’idée, c’est juste de filer une petite métaphore entre ces fonctionnements. Comme dans une relation amoureuse, quand on commence une nouvelle activité, il y a une période de lune de miel, où tout est idyllique. Tout semble facile, on a l’impression qu’on pourrait aller aussi loin qu’on voudrait, on se projette… Puis les premières difficultés arrivent.

  • Alors, on peut prendre sur soi pour les surmonter, et même si on ne retrouvera pas la même euphorie qu’au début, on découvrira de nouveaux bonheurs, celui d’avoir un soutien solide dans les moments durs, de pouvoir s’engager dans de vrais projets ensemble, etc.
  • Et si ça venait à ne pas marcher, on serait tenté de se dire qu’on a perdu notre temps, mais pas du tout ! Comme dans une relation amoureuse qu’il a fallu laisser derrière soi, on a appris et on a grandi. La bonne nouvelle, c’est que la séparation est beaucoup moins tragique avec un ukulélé qu’avec un être humain (tu peux même revenir quand tu veux vers le ukulélé si tu changes d’avis, il n’est pas rancunier !).

Bref, le but de cette comparaison, c’est de dire que le temps passé à aimer n’est jamais perdu. La limite de la comparaison, c’est que les relations que vous entretenez avec vos loisirs n’ont pas besoin d’être exclusives.

Faut-il choisir ?

Oui, il le faut, car la vie est ainsi, on ne peut pas commander tous les desserts au restaurant, épouser tous les jolis coeurs qui passent, ni porter une chemise imprimée léopard avec une jupe à fleurs. En navigant sur internet, on retrouve souvent le conseil de ne pas se forcer à choisir quand on traîne le charmant boulet de la multipotentialité : “voyez votre différence comme une chance ! expérimentez ! amusez-vous !” écrivent les spécialistes, qui visiblement ont passé trop de temps au pays des schtroumpfs. Merci Jami, mais j’aspire à me trouver une place quelque part dans ce monde, en fait.

Or le cœur du problème pour les multipassionnés, c’est de faire coïncider les sphères “respecter son identité plurielle dans le but d’être épanoui” et “gagner de l’argent parce qu’il faut manger à un moment quand même”. (Sur instagram, les influenceurs qui suivent ce fameux conseil de ne pas choisir et se présentent comme des créatifs qui manient aussi bien l’aquarelle, la couture, le chant, la photographie, la pâtisserie sans gluten, le yoga et le bouturage de mandarinier, surprise, ont bien souvent un.e partenaire ayant une situation financière stable. Ne vous y trompez pas !)

Mon idée pas du tout révolutionnaire, c’est de séparer totalement ces deux sphères : avoir un job (ce qui n’est pas si simple dans le contexte actuel mais c’est un autre sujet) et faire ce qui me passionne à côté. Et ce, jusqu’à ce que ce qui me passionne déborde dans la sphère de la rémunération : pas avant ! Et si ça n’arrive jamais, c’est la vie, je n’attendrai pas ça pour être heureuse. Cette solution paraît simple et évidente, mais quand on traîne sur internet, on tombe trop souvent sur des injonctions à suivre nos rêves dès aujourd’hui car seul le présent nous appartient, avec bien sûr des citations de sages indiens et des photos de levers de soleil.

Donc : oui, il faut choisir, SI vous voulez faire coincider une ou des passions avec votre métier, MAIS vous pouvez très bien ne pas le faire, AUQUEL CAS vous n’avez plus cette pression-là du choix, MAIS quand même un peu car votre temps sera limité par votre gagne-pain. Voilà, c’est beaucoup plus clair, non ?…

Van Gogh, Multipassionnés qui cherchent une solution à leur problème dans cet article

Retomber en enfance

L’enfance est bien souvent l’âge d’or des multipassionnés, où ils développent en toute innocence cette terrible tare qui leur portera préjudice dans quelques années. Pour peu qu’on ait des parents conciliants, on peut s’amuser à changer de sport et d’instrument tous les ans, remplir des carnets d’histoires et de dessins, briller dans toutes les matières à l’école, et par là récolter une approbation totale de la société. Puis, du jour, au lendemain, on nous demande : “bon, passons aux choses sérieuses, tu veux être scientifique, littéraire ou looser ?” et les choses se compliquent. Certaines personnes s’y font, d’autres vivent mal ce refoulement, et d’autres, comme moi, font leur petit bonhomme de chemin, mais toujours en traînant des aspirations artistiques comme des chewing-gum sous les chaussures.

Après les avoir tristement oubliées quelques années, je les ai retrouvées, mais avec mes yeux d’adultes. Tout avait changé. J’avais la ferme impression que si je voulais en faire quelque chose, c’était sérieusement ou rien. Tu veux écrire ? Très bien, mais alors écris un roman jusqu’au bout, publie-le, et crée-toi une présence en ligne pour trouver du boulot comme copywriter, car tu ne pourras pas vivre de tes droits d’auteur. Tu veux dessiner ? Ok, à la limite tu pourrais faire des livres pour enfant illustrés, mais alors fais ça correctement, forme-toi, et fais-toi un compte instagram quand ça ressemblera à quelque chose. Tu veux jouer de la musique ? Non, là par contre laisse tomber, tu ne rattraperas jamais le niveau de ceux qui ont fait dix ans de conservatoire.

Cette exigence est le lot est de ceux qui pensent que tout est possible dans leur vie. La vérité, c’est que cette mentalité m’a profondément déprimée, car alors qu’elle est censée nous permettre de concrétiser nos passions, elle peut surtout nous en dégoûter. Elle peut s’avérer très utile, mais quand elle apparaît au bon moment : pas avant. Car avant de vendre (même si ce n’est pas très romantique, c’est de ça qu’il s’agit, après tout), il faut être compétent. Et comment ai-je acquis mes compétences ? En remplissant des carnets, quand j’étais petite, sans objectif précis, sans me poser de questions et sans compter les heures.

C’est cet état d’esprit qu’il faudrait réussir à retrouver, car il permet de s’épanouir ici et maintenant, avant de peut-être un jour créer une casquette de pro sur-mesure pour cette passion. En se lançant dans l’aventure avec des yeux d’adulte, on va au contraire déformer sa passion pour cette casquette de pro, et on risque de passer à côté de toute sa potentialité. Et la magie dans tout ça, c’est qu’avec la mentalité d’enfant, la problématique du choix va se résoudre en partie d’elle-même.

Exemple : j’ai réussi à finir un roman parce que je suis retombée en enfance, j’ai laissé tomber mon organisation et mes to-do listes d’adultes pour m’y plonger sans compter les heures, parfois au prix de quelques nuits blanches. Par contre, j’ai naturellement laissé tomber mon idée de devenir graphiste, car c’est clairement un loisir que je me suis créé pour y poser une casquette de pro dès que possible, et je n’ai jamais ressenti cet état particulier où on arrête de compter les heures.

Conclusion

(Si vous vous demandez comment je peux conclure après être partie dans tous les sens, ne cherchez pas, c’est l’un de mes nombreux talents de multipotentielle).

Je pense que ce qui fait le plus de tort à un multipassionné, c’est de vouloir trouver un sens et une utilité à tout ce qu’il fait. Comme il fait trop de chose, sa vie devient alors une course contre le temps un peu vaine et très angoissante. J’ai moins l’impression d’être une vieille chaussette inutile depuis que j’ai compris que je ne perds pas mon temps quand je m’adonne à une activité destinée à être abandonnée un peu plus tard. C’est ma manière de passer le temps, d’apprendre, de grandir, elle est un peu étrange mais j’ai toujours fait avec. Par contre, je me fais beaucoup de mal quand je me mets à réfléchir à comment diable je pourrais gagner ma vie avec cette activité.

Pourtant, rien de plus normal, c’est comme ça qu’on nous apprend à penser, c’est cette mentalité qui nous permet de rester en vie dans le monde tel qu’il est aujourd’hui. Mais je peux vous dire qu’elle ne fonctionne PAS sur les pratiques créatives, car celles-ci demandent qu’on y passe des heures et des heures sans être rémunéré, et sans même la garantie de l’être un jour. Pour ma part, je compte donc protéger mon âme d’artiste en la séparant de la sphère professionnelle, pour la développer avec une mentalité d’enfant qui lui va beaucoup mieux. Concrètement, ça consiste à se coucher à pas-d’heure parce que je suis plongée dans l’écriture d’un roman, à bloguer au fil de l’eau sans niche et sans calendrier éditorial, etc. Il y aura peut-être d’autres hobbies qui apparaîtront puis disparaîtront, d’autres qui se développeront et cohabiteront. Pas de problème ! Si j’ai retrouvé mon enthousiasme de gamine pour l’écriture, je défendrai la place qui lui revient dans ma vie bec et ongles.

Je peux ainsi profiter du double avantage de me sentir à nouveau heureuse de créer (vous avez vu comme les gosses sont heureux quand ils dessinent une maison ??), et de progresser. Si un jour j’ai assez progressé pour passer à la vitesse supérieure et me professionnaliser, je pense que je le saurai et que je m’organiserai en conséquence. Mais pas la peine de se prendre la tête avant !

Conclusion de la conclusion, il s’agit de mon expérience personnelle que j’ai décidé de partager dans l’idée un peu hasardeuse que quelqu’un s’y retrouverait, mais le plus important, c’est d’envoyer valser les injonctions et de bidouiller comme bon nous semble pour se créer une vie qui nous va bien. Et comme ça prend du temps, avoir des objectifs c’est bien beau, mais n’oublions pas d’apprécier le chemin comme il se doit ! *insérer ici un proverbe indien et une photo de lever de soleil*

Manifeste pour une écologie moins reloue

Manifeste pour une écologie moins reloue

Nous voilà donc au cinquième article de ce blog, et… oui, la main levée au fond ? quoi ? on ne sait toujours pas bien de quoi il parle ? Alors justement, c’est une très bonne intervention, car j’ai mis à jour la page “à propos” pour clarifier un peu tout ça. Voilà, vous savez tout maintenant ! 

Pour les mauvais élèves qui ne sont pas allés lire ce fameux “à propos”, en gros, j’y explique que je veux m’attaquer avec bonne humeur, flegme et élégance aux grandes questions qui se posent à nous quand on essaie d’être un humain du 21ème siècle conscient et heureux. Donc, je ne voulais pas vous laisser une semaine de plus sans prononcer le mot ECOLOGIE. Je ne sais pas si je suis la seule, mais ce mot me soule un peu d’ailleurs. Et comme on va beaucoup en bouffer avec le déconfinement (“non, ne revenons pas à la normale, on doit changer !”), je pense qu’il est temps d’en parler un peu.

J’ai l’impression que le monde se divise en quatre catégories : 

  • les écolos instables, ceux qui se sont beaucoup renseignés et font des efforts depuis pas mal de temps, mais se posent beaucoup de questions et se sentent découragés (j’appartiens à cette catégorie)
  • les non-écolo, ceux qui en ont absolument rien à foutre
  • les écolos-mais-pas-trop, qui sont conscients de la situation et font quelques efforts mais ne veulent pas porter l’étiquette d’écolo car ils savent qu’ils n’en font pas assez 
  • les vrais de vrais, qui en 2020 sont encore plein d’énergie, et portent avec fierté leur titre d’écolo aguerri, achètent des légumes de saison et des céréales bio en vrac, et ont un composteur dans leur jardin. Mais qui polluent quand même vachement, avec leurs portables faits en Asie et leurs trajets en avion. 

Ah, ça vous énerve qu’on vous fasse des reproches ? Vous allez bientôt basculer dans la première catégorie, bienvenue les gars. Venez, on va en parler. Je vais essayer d’identifier les raisons pour lesquelles l’écologie est devenue reloue, et de proposer des solutions.

L’impression qu’on se fait arnaquer

Beaucoup de personnes pensent qu’il faut arrêter avec la sur-responsabilisation individuelle, et ils ont bien raison. Il y a un manque de coordination regrettable entre les politiques et nous, ce qui nous donne la désagréable impression de nous faire arnaquer. On compte seulement sur notre bonne volonté, donc évidemment, comme on n’a aucune contrepartie pour nos efforts et qu’on voit autour de nous beaucoup de gens qui n’ont aucune bonne volonté, on est tenté de se dire que si on fait le minimum, on fait notre part. Mais j’ai l’impression que souvent, il s’agit moins de d’interpeller l’Etat que de montrer quelqu’un d’autre du doigt, n’importe qui. Ce sont assez souvent les mêmes qui disent que c’est à l’Etat de faire des efforts, et qui disent que de toute façon c’est les Chinois qui polluent. 

Léonard de Vinci, Terriens cherchant qui produit les gaz à effet de serre

Ma proposition : 

Voilà, merci Pierrot. Tu as tout dit. Quand on y pense, c’est bizarre de réclamer un autre monde sans être prêt à y vivre. Je trouve ça frustrant et décourageant de toujours penser à ce que les autres devraient faire. Alors oui, revendiquer une politique plus responsable, c’est très important, se plaindre de la sur-responsabilisation, c’est légitime, mais ça ne doit pas nous empêcher de commencer à faire ce qui nous semble juste, genre, maintenant. 

L’impression que c’est un loisir pour les bobos

Donc, comme dit précédemment, à l’heure actuelle, rien ne nous oblige à être écolo à l’échelle individuelle. Disons que c’est recommandé. J’ai l’impression que le message qui nous est transmis, c’est : si ça vous amuse, faites-vous plaisir. Sinon, pas de problème, on va mettre des labels verts avec des petits dessins de feuilles par-ci par-là pour vous donner bonne conscience (ça s’appelle le greenwashing). 

Un exemple auquel vous avez peut-être déjà été confrontés, c’est quand vous achetez quelque chose et qu’on vous propose de rajouter quelques centimes pour compenser l’empreinte carbone de votre achat. Non mais quel est le fuck ? ça veut dire que l’entreprise se verdit seulement avec l’argent de ceux qui se sentent concernés ? Voilà, ça peut sembler anodin mais c’est le genre de choses qui véhiculent l’impression que l’écologie, c’est une option, quelque chose qu’on fait si ça nous amuse, si on a une vie trop confortable et qu’on voudrait y rajouter quelques problèmes.

Ma proposition : essayons de garder les idées claires : le problème, ce n’est pas l’écologie en elle-même, c’est que dans ce monde, tout est business. S’il y a de l’argent à se faire sur la “mode écolo”, alors les marques ne s’en priveront pas ! Sur le chemin ardu de l’écologie, on essayera tous les jours de vous prendre pour un pigeon, d’utiliser vos belles intentions pour vous faire dépenser de l’argent (ce qui est très triste, mais c’est la vie). Dites-vous qu’il y a des gens dans la com dont le métier est de vous convaincre qu’il vous faut absolument des pailles en bambou ou des tote bag en coton bio pour sauver le monde. Alors, je propose qu’on garde la tête froide, qu’on identifie ces marques qui font du greenwashing et nous prennent pour des pigeons, pour les boycotter allègrement. Et surtout, ne les laissons pas définir l’image de l’écologie. 

L’impression que c’est compliqué

Par manque d’information claire, on disperse notre énergie. On se pose des questions existentielles, est-ce qu’il vaut mieux du bio sous plastique ou du conventionnel en vrac ? Du poulet local ou du tofu qui vient de loin ? Je rêve qu’on mette en place un code couleur qui nous indique si oui ou merde c’est mieux d’acheter ce citron français sous plastique ou ce citron sicilien en vrac. Mais non, c’est à nous consommateurs de chercher désespérément les informations, de les deviner parfois, et de s’arracher les cheveux en apprenant dans la même journée que l’huile de coco c’est génial et qu’en fait non arrêtez tout c’est pire que l’huile de palme. Il n’y a rien de plus frustrant que de mettre plein de bonne volonté pour faire de son mieux alors que rien ne nous y oblige, et de se rendre compte qu’on avait tout faux. Et un beau jour on se souvient comme notre vie était simple et innocente avant d’être écolo, et on a envie de tout abandonner.

Surtout que les gens qui ont des grandes théories sur tout se feront un plaisir de mettre le doigt sur vos incohérence. Je me rappelle d’un jour où j’expliquais à un ami sceptique où je trouvais les fameuses protéines sans manger de viande, et il m’a arrêté pour me dire : “non mais tu sais qu’il faut QUATRE LITRES d’eau pour produire UNE SEULE amande ?”. J’ai eu envie de pleurer, mais je me suis retenue, pour pas gâcher encore plus d’eau.

Ma proposition : Soyons indulgents, arrêtons de nous flageller et gardons notre énergie pour continuer sur le long terme. C’est difficile de mettre en place de nouvelles habitudes, mais une fois qu’on a pris le coup, la vie redevient aussi simple qu’avant. Ce qui me remonte le moral, c’est de me dire qu’aucun effort ne sera perdu. Toutes les erreurs qu’on fait, même si elles sont désespérantes sur le moment, nous donnent une expérience qu’on pourra partager. Quand on atteint un certain level dans le game, les jeunes padawan de l’écologie viennent nous poser des questions, et on peut leur éviter de faire les mêmes erreurs. Ainsi, j’aime penser que l’écologie deviendra de plus en plus simple et naturelle pour les générations suivantes. 

Manet, Transmission paternelle de la recette du Hummus

Ah, et aussi, arrêtons avec la guerre des chiffres (cf l’amande ci-dessus). Ces chiffres ont certainement été calculés de manière scientifique un jour, mais on n’a pas forcément toutes les clés pour les interpréter, et selon le contexte on peut les utiliser pour faire croire ce qui nous arrange. Il n’y a rien de plus contre-productif qu’un végane et un omnivore qui se battent sur la quantité de CO2 produit par tel ou tel produit. Laissons les chiffres là où ils sont, c’est-à dire dans leur contexte et entre de bonnes mains. 

Ce qui m’amène à un conseil crucial : choisissons nos sources. A lire trop de choses différentes, peu fiables, contradictoires, on a l’impression qu’on en sait de moins en moins. Soyons clairs : vous ne trouverez pas de réponses fiable à la télé, sur mariclaire.fr, ni en débattant avec des interlocuteurs de mauvaise foi (qui déploient une énergie incroyable pour avoir raison, c’est assez dingue). Vous les trouverez dans des livres, des blogs et des documentaires que vous aurez sélectionné pour leur rigueur, leur qualité et leur éthique, et en discutant avec des amis bien renseignés (j’insiste). Essayer d’analyser nous-mêmes les études et les chiffres qu’on voit par-ci par-là, c’est un travail à plein temps qui nous mène souvent à l’erreur quand on le fait nous-mêmes. Il y a des gens dont c’est le métier, et qui font ça très bien. Faisons-leur confiance !

Mes blogs préférés sur le sujet :

  • La Révolution des tortues : c’est simple, il cumule toutes les qualités : drôle, non-genré, honnête et plein de bon sens. Si vous avez l’impression de ne pas vous reconnaître dans l’écologie, c’est sans doute parce que vous n’avez pas encore découvert Anaelle.
  • Antigone XXI : Ophélie travaille dans la recherche universitaire, et ça se ressent dans la qualité de ses articles, qu’elle écrit avec justesse et rigueur, mais aussi avec une très belle plume. J’ai une reconnaissance éternelle pour ce blog qui a été mon point de départ écolo.
  • Echos verts et Ça commence par moi : je ne suis pas forcément pour l’idée de diviser l’écologie en une infinité de petits gestes, car on perd facilement le sens des priorités, mais ces blogs très bien faits ont l’avantage de l’exhaustivité, donc sont de véritables mines d’or si on cherche une information en particulier.

L’impression que c’est un truc de bonne femme

L’écologie a tendance à faire ressortir l’inégalité du partage des tâches domestiques entre les hommes et les femmes, en venant s’ajouter à la charge mentale de ces dernières (je m’en suis rendue compte grâce à cette excellente vidéo de Coline). Même si on a l’impression que ce modèle appartient au passé, de fait, les femmes se sentent toujours plus responsables que les hommes quand elles voient une chaussette échappée du panier de linge sale. Même si, bien sûr, ce n’est pas comme ça dans tous les couple, et de grands progrès ont été faits, les femmes ont toujours dans l’inconscient collectif le rôle de celles qui prennent soin (des enfants, du foyer, du bien-être d’autrui, etc.). Alors, c’est tout naturellement qu’elles sont désignées pour prendre soin de la planète. Déjà, parce que ce qui est dangereux pour l’environnement l’est souvent pour la santé, et qu’elles se sentent plus responsable de la santé de leurs enfants, mais aussi parce que toutes les injonctions féminines habituelles se compliquent avec les injonctions écologiques (adieu cire à épiler, cotons démaquillants jetables…). Et surtout, parce que l’écologie à l’échelle individuelle concerne principalement les tâches quotidiennes (alimentation, nettoyage, etc.), qui sont beaucoup plus prises en charge par les femmes.

David Ridgway Knight, Femmes attendant que leurs mecs mangent des yaourts au soja

Ma proposition : Si vous êtes un homme et que vous pensez que cuisiner du tofu et vous renseigner sur la toxicité de l’eau de javel est une insulte à votre virilité, et que les femmes le font parce que ça les amuse, c’est bien simple, commencez par essayer de connecter vos neurones pour comprendre que c’est ridicule. Puis, deuxième étape, sortez-vous les doigt du cul. 

Si vous êtes une femme et que vous avez l’impression d’être la ministre de l’écologie du foyer, communiquez avec votre partenaire en lui expliquant votre ressenti (ça le touchera sans doute plus que les reproches). Partagez avec lui les ressources qui vous ont amenées à changer votre mode de vie (articles, documentaires, etc.). Souvenez vous que si la situation est comme ça, ce n’est pas à cause de lui mais des stéréotypes qui nous collent au corps depuis la naissance, qu’il faudra déconstruire petit à petit.

Et, aussi, essayez de faire la part des choses : si la répartition de la charge mentale est inégale, ce n’est peut-être pas seulement parce que l’homme n’en prend pas assez, mais aussi parce que vous en prenez trop. On ne peut pas forcément faire de l’écologie notre métier à plein temps, alors à moins qu’elles vous procurent du plaisir, abandonnez les tâches qui vous prennent le plus de temps sans avoir un gros impact, comme fabriquer vous-mêmes des cosmétiques ou du lait végétal. 

L’impression que c’est tout ou rien

Il semble que si on trempe un petit orteil dans l’océan de l’écologie, il va falloir s’y immerger jusqu’au cou. Pour quelque obscure raison, on ne m’a jamais plus reproché de prendre l’avion que depuis que je suis végétarienne. Quand on pense écologie, on pense notamment zéro-déchet et végétarisme : et à moins d’être passionné par ces problématiques, ce sont des étiquettes qui mettent une sacré pression. Vous aurez beau faire vos courses en vrac, il vous suffira d’ajouter un pauvre petit paquet de biscuit à votre panier pour ne plus mériter exactement l’appellation “zéro déchet”, tout comme un petit bout de fromage vous fera perdre votre badge d’appartenance à la secte végane. Alors, foutu pour foutu, autant acheter autant de paquet de biscuits et manger autant de fromage qu’on veut, non ?

Ma proposition : 

Merci Pierrot, décidément, on devrait t’écouter plus souvent.

Pour ce qui est des étiquettes, personne n’a envie d’en porter, ça fout une pression dont on pourrait bien se passer. Mais en fait, c’est la nature du langage de réduire des choses infiniment subtiles et variables, à des étiquettes figées. Sinon, on ne pourrait pas communiquer ! C’est à la mode de rejeter les étiquettes, mais je pense que le problème ne vient pas des étiquettes elles-mêmes, mais de l’usage qu’on en fait quand on les prend comme prétexte pour se juger et se mettre la pression.

Imaginez qu’il y a d’un côté le véganisme, et de l’autre votre oncle Raoul qui mange du saucisson à tous les repas. On a l’impression qu’entre les deux, c’est le grand vide, avec juste l’étape intermédiaire du végétarisme. Alors qu’en fait, il y a tout l’univers des possible entre les deux, mais on ne peut juste pas inventer un mot pour chaque cas particulier. Alors je propose qu’on arrête d’avoir peur des mots, et qu’on les utilise pour communiquer, ce qui est leur fonction première si je ne m’abuse, et pas pour définir notre identité. Donc, au lieu de se focaliser sur “je suis végane”, “je suis zéro-déchet”, “je suis écolo”, donnons les informations que nos interlocuteurs ont besoin de savoir : “je mange végane chez moi”, “je diminue mes déchets”, etc. 


Voilà, si je vous parle de ces écueils, c’est parce que je suis tombée dedans la tête la première, tous sans exception. J’ai eu un espèce de ras-le-bol et j’ai renoncé à beaucoup de choses, j’ai fait comme un grand pas en arrière (certains appellent ça le burn-out écolo). Et c’est vraiment dommage d’en arriver là ! Aujourd’hui, je veux y revenir, mais en faisant les choses un peu autrement, en utilisant mon énergie plus intelligemment pour ne pas l’épuiser dans tous les sens. La route est longue, je dois déléguer ma charge mentale féminine, mieux identifier ceux qui veulent me pigeonner, et faire du tri dans mes sources d’information. Mais ce n’est pas un problème, à partir du moment où on ne la voit pas comme un chemin de croix, mais comme un voyage passionnant dont on retire beaucoup de positif. 

Avec le confinement, on entend beaucoup dire qu’il ne faut pas revenir au monde d’avant, que tout doit changer. Ce qui est vrai. Mais quand je pense à toutes ces choses qui ont bien failli me décourager, je me dis que si je partais de zéro et que je devais me lancer dans l’écologie aujourd’hui, alors que les informations contradictoires fusent plus que jamais, que la pression est à son maximum et que la tendance est à rejeter toute la faute sur les autorités supérieures, eh bien, ça ne me ferait pas rêver et je préférerais peut-être faire comme beaucoup de gens, me protéger derrière un cynisme détaché. C’est pour ça que j’ai écrit cet article. J’espère qu’il vous donnera l’espoir d’une écologie moins reloue, car c’est à nous de la réinventer. Alors que vous soyez comme moi un ancien qui ne sait plus où il en est, ou un moussaillon qui se sent désespéré avant même d’avoir commencé, haut les coeurs ! Ne laissons rien ni personne en faire cette espèce de hobbie relou, et ramenons-la à ce qu’elle devrait être : tout simplement, la norme.

Petite revue de la toile – édition confinement : couple, poils et page blanche

Petite revue de la toile – édition confinement : couple, poils et page blanche

Si on sait où chercher, il se passe des choses passionnantes sur internet, faites d’un matériau unique, plus spontané que celui des livres, mais plus personnel que celui de la télé. C’est pourquoi je lance ma Petite revue de la toile, qui paraîtra plus ou moins mensuellement, où je compilerai pour vous la crème de la crème. 

Nettoyage de printemps digital 

On ne trouve pas que des revues d’après-shampoing sur les blogs de filles. Ce mois-ci, j’y ai repéré un super article sur notre rapport au digital, complet et pratique. Lucile y parle d’infobésité et de dépendance aux algorithmes. N’oublions jamais que la plupart des choses que nous amenons sur nos écrans sont faites pour nous retenir le plus longtemps possible, et si on n’y prend garde, on peut se retrouver avec certains symptômes sortis de nulle part, se sentir blasé et improductif…

Même si vous vous dites “moi, ça va”, vous pourriez être surpris en faisant le test présent dans l’article (on dirait un titre d’article pigeon.net, elle a bu ceci tous les matins pendant un an, le résultat va vous surprendre !). Sérieusement, quel est la première chose que vous avez dans les mains quand vous vous réveillez ? Les lunettes ne comptent pas. Parce que vous les mettez pour voir où est votre portable : je vous vois venir, petits malins.

MINIMALISME DIGITAL : RANGEMENT, DETOX, ÉCOLOGIE, MOINS MAIS MIEUX

Sur Youtube, parlons peu mais parlons du couple 

Etre confiné.e en couple, c’est au choix, une super aubaine, ou tout le contraire. Disons que les bons côtés comme les mauvais sont exacerbés. En tout cas, ça me semble être un bon moment pour se rappeler que si ce n’est pas un conte de fée de chaque instant, c’est NORMAL. Il n’y a pas de règle sur le nombre de rapports sexuels à avoir par semaine, le pourcentage de choses qu’on doit partager, ou quoi que ce soit d’autres. Chers gens en couple, si vous vous aimez et que vous vous respectez, ne changez rien, vous êtes parfaits. (Chers gens célibataires, vous êtes parfaits aussi, d’ailleurs.) 

https://www.youtube.com/watch?v=I3_11wvPEPE&t=193s

Et en bonus, une étude de cas du couple confiné, qui m’a sacrément fait marrer, pour illuminer votre dimanche. 

https://www.youtube.com/watch?v=Y4UAMv3eMPU

Voilà, ça me semblait sympa de faire ça, mais n’hésitez pas à me dire si :

  1. cette rubrique vous intéresse 
  2. ou alors pas du tout parce que vous êtes là pour lire mon blog qui est décidément votre préféré

A tchao bon dimanche ! (qui a la ref ?)

Adulte, Automne, Feuilles D'Automne, Bicyclettes, Vélos

L’épilation : ni pour moi, ni pour les autres, mais alors pourquoi ?

Sur Youtube, parlons peu mais parlons du couple 

Etre confiné.e en couple, c’est au choix, une super aubaine, ou tout le contraire. Disons que les bons côtés comme les mauvais sont exacerbés. En tout cas, ça me semble être un bon moment pour se rappeler que si ce n’est pas un conte de fée de chaque instant, c’est NORMAL. Il n’y a pas de règle sur le nombre de rapports sexuels à avoir par semaine, le pourcentage de choses qu’on doit partager, ou quoi que ce soit d’autres. Chers gens en couple, si vous vous aimez et que vous vous respectez, ne changez rien, vous êtes parfaits. (Chers gens célibataires, vous êtes parfaits aussi, d’ailleurs.) 

https://www.youtube.com/watch?v=I3_11wvPEPE&t=193s

Et en bonus, une étude de cas du couple confiné, qui m’a sacrément fait marrer, pour illuminer votre dimanche. 

https://www.youtube.com/watch?v=Y4UAMv3eMPU

Voilà, ça me semblait sympa de faire ça, mais n’hésitez pas à me dire si :

  1. cette rubrique vous intéresse 
  2. ou alors pas du tout parce que vous êtes là pour lire mon blog qui est décidément votre préféré

A tchao bon dimanche ! (qui a la ref ?)

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Et sinon, tu t’es déjà demandé pourquoi les femmes s’épilent ? 

Cette question (sortie de nulle part, je vous l’accorde) ne s’adresse pas qu’aux hommes. Moi-même, je n’ai découvert la réponse que récemment dans cet article de Gala, et ça m’a fait sérieusement cogiter.

Non, on ne s’épile pas pour nous, ce serait sacrément masochiste et je vous assure qu’on préfèrerait dépenser notre argent dans des sorties au resto. MAIS on ne s’épile pas forcément pour les autres non plus, puisque beaucoup continuent à le faire alors que le confinement leur épargne les regards extérieurs. Alors pourquoi ? 

“Parce que la société m’a appris, en tant que femme, à détester mon corps avec des poils, à ne pas le trouver normal lorsqu’il n’est pas épilé.” Gala’s blog

Quel que soit votre rapport au poil, je vous invite très chaudement à lire cet article qui interroge la représentation du corps féminin avec beaucoup de pertinence. 

Adulte, Automne, Feuilles D'Automne, Bicyclettes, Vélos

L’épilation : ni pour moi, ni pour les autres, mais alors pourquoi ?

Sur Youtube, parlons peu mais parlons du couple 

Etre confiné.e en couple, c’est au choix, une super aubaine, ou tout le contraire. Disons que les bons côtés comme les mauvais sont exacerbés. En tout cas, ça me semble être un bon moment pour se rappeler que si ce n’est pas un conte de fée de chaque instant, c’est NORMAL. Il n’y a pas de règle sur le nombre de rapports sexuels à avoir par semaine, le pourcentage de choses qu’on doit partager, ou quoi que ce soit d’autres. Chers gens en couple, si vous vous aimez et que vous vous respectez, ne changez rien, vous êtes parfaits. (Chers gens célibataires, vous êtes parfaits aussi, d’ailleurs.) 

https://www.youtube.com/watch?v=I3_11wvPEPE&t=193s

Et en bonus, une étude de cas du couple confiné, qui m’a sacrément fait marrer, pour illuminer votre dimanche. 

https://www.youtube.com/watch?v=Y4UAMv3eMPU

Voilà, ça me semblait sympa de faire ça, mais n’hésitez pas à me dire si :

  1. cette rubrique vous intéresse 
  2. ou alors pas du tout parce que vous êtes là pour lire mon blog qui est décidément votre préféré

A tchao bon dimanche ! (qui a la ref ?)

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Edgar Degas, Elise se réveillant le matin en ayant laissé son portable éteint dans le salon

L’artiste confiné avec ses émotions 

Je ne peux pas lancer cette rubrique sans parler de mon “blog jumeau”, Kerjul fait de la prose, lancé par une copine presque en même temps que le mien. Un peu différent, car plus ciblé sur la créativité et plus précisément l’écriture, mais vraiment si vous avez la moindre étincelle d’intérêt pour toute activité créative, je vous conseille son article sur les émotions. Et puis ça fait du bien, à cette période où l’ancienne génération du blogging s’essouffle, de suivre la relève ! (dixit la meuf qui a trois articles sur son blog mais qui parle comme une ancienne)

Et si le confinement a rendu la page blanche encore plus effrayante que d’habitude, je vous conseille cette vidéo de Christelle Lebailly pour vous sentir moins seul.e, vous faire rire et vous redonner de l’optimisme.

https://www.youtube.com/watch?v=LKJXwEwj4KY

Et sinon, tu t’es déjà demandé pourquoi les femmes s’épilent ? 

Cette question (sortie de nulle part, je vous l’accorde) ne s’adresse pas qu’aux hommes. Moi-même, je n’ai découvert la réponse que récemment dans cet article de Gala, et ça m’a fait sérieusement cogiter.

Non, on ne s’épile pas pour nous, ce serait sacrément masochiste et je vous assure qu’on préfèrerait dépenser notre argent dans des sorties au resto. MAIS on ne s’épile pas forcément pour les autres non plus, puisque beaucoup continuent à le faire alors que le confinement leur épargne les regards extérieurs. Alors pourquoi ? 

“Parce que la société m’a appris, en tant que femme, à détester mon corps avec des poils, à ne pas le trouver normal lorsqu’il n’est pas épilé.” Gala’s blog

Quel que soit votre rapport au poil, je vous invite très chaudement à lire cet article qui interroge la représentation du corps féminin avec beaucoup de pertinence. 

Adulte, Automne, Feuilles D'Automne, Bicyclettes, Vélos

L’épilation : ni pour moi, ni pour les autres, mais alors pourquoi ?

Sur Youtube, parlons peu mais parlons du couple 

Etre confiné.e en couple, c’est au choix, une super aubaine, ou tout le contraire. Disons que les bons côtés comme les mauvais sont exacerbés. En tout cas, ça me semble être un bon moment pour se rappeler que si ce n’est pas un conte de fée de chaque instant, c’est NORMAL. Il n’y a pas de règle sur le nombre de rapports sexuels à avoir par semaine, le pourcentage de choses qu’on doit partager, ou quoi que ce soit d’autres. Chers gens en couple, si vous vous aimez et que vous vous respectez, ne changez rien, vous êtes parfaits. (Chers gens célibataires, vous êtes parfaits aussi, d’ailleurs.) 

https://www.youtube.com/watch?v=I3_11wvPEPE&t=193s

Et en bonus, une étude de cas du couple confiné, qui m’a sacrément fait marrer, pour illuminer votre dimanche. 

https://www.youtube.com/watch?v=Y4UAMv3eMPU

Voilà, ça me semblait sympa de faire ça, mais n’hésitez pas à me dire si :

  1. cette rubrique vous intéresse 
  2. ou alors pas du tout parce que vous êtes là pour lire mon blog qui est décidément votre préféré

A tchao bon dimanche ! (qui a la ref ?)

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Petite réflexion sur la consommation

Petite réflexion sur la consommation

Je ne juge pas les gens qui fument. 

Je ne les juge pas, car je sais que les addictions prennent bien d’autres formes, plus sournoises, et que personne n’y échappe. Allez, vous voyez bien de quoi je parle. On est accros à nos smartphones, au sucre, à la reconnaissance sociale, à N’oubliez pas les paroles (ah non ? pas vous ?). Mais je pense que l’addiction la plus répandue et la plus invisible, c’est celle à la consommation. J’ai beau être la femme parfaite à peu de choses près, même moi, je ne suis pas épargnée. Alors, je ne jugerai personne. Mais ces temps-ci, ça me fait réfléchir, et je voulais partager avec vous ce petit morceau de réflexion.

Le syndrome du merdier 

Juste avant le début du confinement, j’ai dû faire ma valise en une nuit pour déménager. Sur le moment, je me suis félicitée. J’appartiens à cette génération un peu transitoire, qui a grandi dans un monde où le bonheur consistait à avoir beaucoup de jouets puis à faire du shopping avec des amies, et qui a découvert du jour au lendemain que la surconsommation appartenait au passé et qu’on devait réinventer nos habitudes. Alors, j’étais plutôt fière d’en être arrivée là : alors que quand j’étais petite, je pouvais sans doute remplir une piscine avec mes jouets et mes fringues, j’étais désormais capable de faire rentrer ma vie dans une valise. Mais en vérité, mes possessions s’étalent un peu partout, chez mes parents, chez ma grand-mère, dans mon ancien appartement laissé à l’abandon…

Alors, pour me remettre à ma place, je me suis souvenue du sketch visionnaire de Roland Magdane, “le merdier”. Le merdier, c’est ce tas de choses qu’on accumule en tant que consommateurs. C’est tellement préhistorique que ce n’est pas sur youtube, alors je vous partage ici un extrait (et la moustache de Magdane, pour garder toute la saveur) :

“Et tu l’aimes, tu l’aimes ton merdier ! Ben oui, c’est vrai, quand tu pars en vacances, si tu te laissais faire, tu prendrais absolument tout ton merdier. Tu ne peux pas. Pour les vacances, il faut être raisonnable. Donc, pour les vacances, tu te fais un mini merdier. Un merdier portable. Deux valises de merdier, minimum ! Tu arrives à l’aéroport, tu enregistres tous tes bagages, mais tu ne peux pas t’empêcher de garder un petit sac de merdier avec toi. Le merdier que tu aimes le plus. Le merdier, que si l’avion s’écrase, tu veux l’avoir avec toi. C’est pour te sécuriser.”

Ce sentiment de sécurité, de réconfort, on en a bien besoin en ce moment. Mais ce n’est plus aussi simple que du temps où on pouvait commander un truc en ligne sans se poser plus de question que celle du prix. 

Le vrai prix du merdier 

Le constat est très simple et irréfutable : nous consommons plus que ce que la planète peut nous fournir. Ces temps-ci, pour toutes les personnes dont l’activité est interrompue, il s’agit aussi de ne pas consommer plus que ce que leur portefeuille peut leur fournir. Sans parler du fait que le virus voyage et se transmet à travers ce qu’on achète et ce qu’on commande. Bref, tout nous pousse à n’acheter que le nécessaire (et encore, pour peu qu’on vive seul, on en viendrait à se demander si le déodorant c’est vraiment nécessaire). Mais ce n’est pas du virus-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ni d’écologie dont je veux vous parler. 

Je voudrais parler de ce qui nous entoure, là, chez nous, et cette impression que toujours quelque chose manque. Est-ce que vous la ressentez aussi ? Est-ce que vous aussi vous vous êtes dits que si c’est autorisé de commander sur Amazon, alors c’est que ça ne présente aucun risque ? Que l’économie doit être soutenue, alors que vous êtes comme moi “bac moins quinze” en économie ? Bref, est-ce que vous avez acheté quelque chose d’inutile ce mois-ci ? Est-ce que vous pensez à tout ce que vous voulez acheter après le confinement ?

Vous êtes donc accros. Bienvenue au club. Venez vous asseoir avec moi, on va en parler. 

Hippolyte Lecomte, Shopping post-confinement

Je me pose ces quelques questions, en vrac : 

  • Pourquoi la vie sociale est-elle toujours liée à la consommation ? Pourquoi on doit toujours boire, manger ou regarder quelque chose quand on est avec des gens ? 
  • Pourquoi aujourd’hui on sait que Noël, la fête des mères et tout le reste ont perdu de leur sens par leur aspect commercial, mais on a toujours peur de passer pour le radin de service si on offre un dessin à sa maman ?
  • Pourquoi est-ce qu’on a besoin de nouveaux vêtements chaque année, alors qu’avant on se les transmettait de génération en génération et ils restaient en bon état ? 
  • Pourquoi j’ai besoin d’acheter une nouvelle console si je veux jouer à Animal Crossing avec mes amis, alors que ma vieille Playstation marche très bien ? 
  • Pourquoi on déménage dans des appartements vides avec SA table, SON canapé, alors que franchement, une table c’est une table et un canapé c’est un canapé ?
  • Pourquoi quand on devient écolo, au lieu d’acheter moins, on achète des pailles en inox, des t-shirt en coton bio, et autres trucs en bambous ? 

On pourrait me donner de grandes réponses, me parler du prolétariat, de capitalisme, de minimalisme, et de plein d’autres choses. Très sincèrement, ma réflexion ne s’aventure pas aussi loin. D’ailleurs je serais mal placée pour dire qu’acheter c’est mauvais en soi, parce que j’aimerais bien qu’un jour on achète mes livres. 

Je veux juste faire un constat de cette addiction sournoise, et vous proposer de faire avec moi un premier pas vers la désintox, pour notre santé mentale immédiate.

Vivons heureux dans notre merdier

Ça peut être intéressant de noter sur un papier les choses qui vraiment nous manquent et qu’on achètera dans tous les cas, au fur et à mesure que ce sera possible et pertinent. Déjà, pour se rendre compte qu’il n’y en a pas beaucoup, et qu’aucune ne manque cruellement ; et surtout, pour n’avoir plus besoin d’y penser. Plus besoin de passer du temps sur des boutiques en ligne, à ouvrir de temps en temps la partie “promotions” de sa boîte mail au cas où, avoir toujours cette envie d’acheter quelque chose dans un coin de sa tête sans trop savoir quoi… On peut regarder autour de nous, et se dire “voilà, c’est chez moi, c’est ce que j’ai, et c’est très bien.” Tout simplement.

Qui sait, peut-être que ça libérera de l’espace dans ma tête pour plein de belles choses, comme par exemple arrêter d’oublier mes tartines dans le four (parce que je ne me suis pas achetée de grille-pain, vous suivez ?)

Merci pour votre lecture, ce sujet est assez récent pour moi et m’intéresse beaucoup, alors n’hésitez pas à me raconter votre rapport à la consommation pour cogiter ensemble !

Elise