Es-tu féministe, sexiste ou normal.e ?

Es-tu féministe, sexiste ou normal.e ?

Attention, il y a un piège dans la question ! Ce dimanche, je me suis levée en forme avec l’intention de résoudre l’un des plus grands malentendus de l’humanité, tranquilou. Alors c’est parti, on commence tout de suite avec une citation que vous avez vu venir si vous êtes une personne bien informée :

“J’ai l’impression qu’on devrait arrêter d’appeler les féministes des ‘féministes’ et, à la place, nommer ceux qui ne le sont pas des ‘sexistes’ – tous les autres sont simplement humains. On est soit une personne normale soit une personne sexiste. Les étiquettes sont pour les mauvaises personnes”.

Maisie Williams en 2016 dans Entertainement Weekly (Pour ceux qui ne savent pas qui est Maisie Williams, elle interprète Arya Stark dans Game of Throne, un bout de femme costaud qui n’hésite pas à trancher des têtes par-ci par-là)

Je suis entièrement d’accord avec ce raisonnement rempli de bon sens. Je me rappelle l’avoir découvert en 2016, et m’être sentie heureuse que quelqu’un mette des mots sur ce que je ressentais exactement. Il faut dire qu’à l’époque, je m’exprimais sur la question à peu près de cette manière : “Oui, évidemment que je veux l’égalité homme-femme. Mais ça me semble juste normal, je ne veux pas me considérer pour autant comme une féministe”. Sans me rendre compte que c’était comme si je disais “Oui, évidemment j’ai une sorte de cartilage autour de mes narines, mais bon, je ne voudrais pas non plus y mettre l’étiquette de nez quoi.”

L’étiquette de “féministe” n’est vraiment pas agréable à porter. Le mot en lui-même donne l’impression d’un mouvement féminin qui s’érigerait contre les hommes. Et on voit la féministe type comme une femme un peu hystérique, qui va trop loin et dessert la cause – alors qu’on pourrait juste s’opposer au sexisme sans utiliser ce mot et s’éviter ainsi de trimbaler toute cette négativité et ces polémiques inutiles.

OUI, MAIS. (Evidemment qu’il y a un mais, sinon j’aurais rien à écrire dans mes articles.)

Le problème, c’est que la sagesse de Maisie Williams, que j’ai appliquée pendant des années, serait judicieuse si le problème venait des gens sexistes : or, le problème, c’est que la société est sexiste au plus profond de ses racines. Là où ça coince, à mes yeux, c’est qu’une personne normale, en 2020, est sexiste. Parce que même si elle est pleine de bonnes intentions et a reçu une éducation bienveillante, elle aura grandi dans une société sexiste. 

C’est difficile de s’en rendre compte, et encore plus à accepter. L’humain n’aime pas le changement, encore moins ce qui touche à son ego. Hommes comme femmes, nous avons intériorisé ce sexisme et nous continuons de le perpétuer en pensant que c’est la norme, et rompre cette norme demande de considérer le problème activement (oui, je sais, il fait un peu trop chaud pour réfléchir, mais allez chercher un bol de glaçon, c’est parti !)

Tour d’horizon de la situation en 2020 et quelques trucs à faire pour l’améliorer

1 Les femmes se chargent encore beaucoup plus que les hommes des tâches domestiques, sans parler de la charge mentale, c’est-à-dire le fait de devoir tout le temps porter dans un coin de sa tête la logistique du foyer. Pour mieux comprendre ce qu’est la charge mentale, je vous recommande d’aller faire un tour sur l’excellente page instagram “t’as pensé à” (allez-y pour de vrai, même si vous pensez avoir compris ! je vous surveille !)

→ Bon ben c’est simple, les hommes faites votre part des choses quoi. Ne vous contentez pas d’aider, car ça veut dire que vous considérez la femme comme la responsable du foyer et vous comme une aide ponctuelle. Juste, faites les choses aussi, du début à la fin (par exemple, faire une soupe, c’est décider de le faire, acheter et cuisiner les ingrédients, puis laver les ustensiles : ça semble évident, mais combien de mecs dans la salle l’ont déjà fait ? Levez la main pour voir ??)

Une photo de Frenchadventurer, qui en dit long…

2 Elles subissent encore tellement de clichés : on utilise par exemple l’instinct maternel pour les conditionner à passer plus de temps que les hommes avec les enfants, alors qu’il s’agit d’un mythe sans fondement scientifique ! On associe encore globalement la féminité à la douceur, la sensibilité, l’empathie… On s’imagine qu’il y aurait là une complémentarité avec la nature masculine plutôt du côté de l’action, des responsabilités, de la force… FOUTAISES ! Ces traits de caractère ne sont pas innés mais forgés par notre éducation et notre vécu. 

→ Soyons juste nous-mêmes, montrons notre ambition et notre force en tant que femme, notre sensibilité et nos faiblesses en tant qu’homme, en se demandant quel rôle a joué notre éducation dans la personne que nous somme. Renseignons-nous pour déconstruire les préjugés. Artistes, réfléchissons à tout ça quand nous créons des personnages.

3 Elles ne peuvent pas évoluer dans l’espace public comme les hommes le font : il faut éviter de marcher seule la nuit, de prendre certaines rues, etc. Et même se déplacer en plein jour et bien entourées ne les protège pas du harcèlement de rue : interpellations humiliantes, contacts non désirés dans les transports, intimidations…

→ Ouvrons les yeux. Éduquons les petits garçons à laisser les filles tranquilles au lieu d’éduquer les filles à se faire oublier. Réagissons si quelque chose se passe autour de nous dans l’espace public.

Manet, Tu viens ici souvent ? Vas-y réponds wesh

4 Elles portent la responsabilité de la contraception, alors que des solutions satisfaisantes ont été trouvées pour les hommes, mais ne sont pas commercialisées à cause de leurs effets secondaires… qui sont bien bien moins dangereux que ceux de la pilule. 

→ Renseignons-nous sur les progrès de la contraception masculine, et en attendant, les mecs, ne laissez pas les femmes toutes seules là-dedans, écoutez-les et aidez-les comme vous pouvez. Pour info, il faut être deux pour faire un bébé, donc ça vous concerne aussi.

5 A cause du tabou créé autour des règles considérées comme sales, la plupart des petites filles sont passées par l’expérience traumatisante de découvrir du sang dans leur culotte sans savoir de quoi il s’agit, et de passer des journées dans l’angoisse de “la tâche” qui les humilierait de la pire façon, le tout en devant cacher une douleur souvent incomprise et banalisée. 

→ parlons des règles, arrêtons d’y réagir avec du dégoût, prenons au sérieux les femmes quand elles ont mal et que ça affecte leur moral. 

6 C’est triste à dire, mais en 2020 la culture du viol est encore bien présente. C’est notamment le mythe selon lequel les hommes ne sauraient pas contrôler leurs “pulsions” et que ce serait aux femmes d’éviter les problèmes, ou encore le fait que la frontière entre séduction et agression ne soit pas bien délimitée. La honte est déplacée du côté de la victime, qui n’aurait pas dû s’habiller comme ça, boire autant à cette soirée, passer par cette rue de nuit… tandis que les coupables restent trop souvent impunis et peuvent continuer leur vie tranquilou. 

→ arrêtons de nous voiler la face en pensant que les violeurs ne sont que quelques tarés à emprisonner. La plupart des viols sont commis par des gens normaux, souvent des proches de la victime. Prenons position du côté des victimes, créons un espace safe pour qu’elles puissent s’exprimer sur ce qu’elles ont vécu et déplaçons la honte du côté des agresseurs. 

7 Les femmes ne sont jamais en paix avec les injonctions sur leur physique. Pour être physiquement acceptables, elles doivent consacrer du temps, de l’argent, et de la souffrance à faire la guerre à leurs poils (qui pour rappel sont aussi naturels que les poils masculins), mettre en valeur leur poitrine avec des soutien-gorges désagréables et surtout cacher leurs tétons qui sont sexualisés même chez les petites filles (alors qu’ils ne sont pas plus “sexuels” que les tétons masculins), se battre contre les effets du temps qui altèrent leur beauté alors qu’ils sont beaucoup mieux acceptés chez les hommes, développer une relation malsaine avec leur propre corps qui doit être ferme mais pas trop musclé, etc… On ne se rend pas compte du temps, de l’argent et de l’énergie mentale qui part dans tout ça, ni de la souffrance que ça engendre !

→ foutons la paix aux femmes sur leur physique. Acceptons qu’une femme naturelle, c’est une femme sans maquillage, avec du poil au jambe, de la cellulite, des rides, des seins de différentes formes… Les mecs, apprenez à vraiment trouver les femmes belles au naturel, et aidez vos copines à accepter leur corps au lieu de les laisser souffrir pour qu’elles correspondent aux critères.

Picasso, femme essayant de répondre à toutes les injonctions contradictoires sur son physique

8 C’est plus difficile pour elles de prendre de la place : encore sous-représentées, invisibilisées et rabaissées dans de nombreuses sphères, c’est plus difficile pour elles de faire entendre leur voix dans les débats, de se mettre en avant, d’accéder à certaines positions, d’être crédible. 

→ ouvrons les yeux sur leur invisibilisation dans les domaines qui nous intéressent (histoire, littérature, télé…). Et quand elles parlent, laissons-les parler bordel, et prenons-les au sérieux. 

9 Et la société ne manque pas d’inventivité pour les faire taire quand elles veulent dénoncer haut et fort toutes ces injustices : dans le passé, celles qu’on considérerait aujourd’hui comme “féministes” ont été massivement brûlées, assassinées, ou internées pour folie (on a tendance à le minimiser et le présenter comme un fun fact historique). Aujourd’hui, on a tendance à voir les féministes comme des hystériques, des femmes repoussantes et frustrées, majoritairement lesbiennes… 

→ avouez que vous avez ce cliché sur les féministes quelque part bien profond dans votre inconscient ! Il a été créé à dessein, pour entériner les revendications légitimes des femmes.

Bon, je vais m’arrêter là, il y aurait encore tellement de choses à dire… Mais je pense que ce petit tour d’horizon suffit à comprendre que NON, l’égalité homme-femme n’est pas encore atteinte dans les faits. Y a du boulot, hein ? La bonne nouvelle, c’est que si ce sexisme fait partie de la société et est incarné par chacun d’entre nous, ça veut aussi dire que chacun d’entre nous a la possibilité d’inverser la tendance, en ouvrant les yeux, en se renseignant, en écoutant les personnes bien renseignées et concernées, pour rendre le monde plus juste. 

… Et comment on s’applique à toujours être à côté de la plaque

Et en 2020, nous qui voulons avec les meilleures intentions cette égalité homme-femme, au lieu de s’attaquer directement à ces problèmes… on préfère se prendre la tête sur des débats inutiles. Ne vaudrait-il pas mieux dire “égalitariste” ou “humaniste” ? Ces féministes-là ne vont-elles pas trop loin ?? Et la liberté d’expression, que diable, on peut même plus rire ! Si on continue on va faire disparaître la galanterie ! Vous mettez tous les hommes dans le même panier ! Moi je trouve que les femmes sont belles sans maquillages ! Et les hommes aussi subissent des injonctions !! 

Artemisia Gentileschi, Débat féministe

Ces questionnements sont compréhensibles et méritent des réponses que je vais essayer de donner ci-dessous. Le problème, c’est qu’au lieu de s’intégrer au combat féministe, ils le remplacent et nous divisent. Essayez de mettre le sujet féministe sur la table lors d’un repas de famille ou d’une soirée (histoire de ruiner un peu l’ambiance), vous verrez que l’une de ces objections va fuser dans les minutes qui suivent et remplacer le débat d’origine. On arrivera à une conclusion inutile du style “oui, bien sûr, c’est pas tous les hommes, le problème c’est ceux qui pensent ceci cela”, et finalement on n’aura pas parlé du vrai problème et rien n’aura avancé. 

Donc, pour en finir avec ces faux débats d’autruche : 

1 Moi, je préfère dire que je suis humaniste / égalitariste. Les mots ont une histoire et un sens. L’humanisme est un mouvement de pensée de la Renaissance qui n’a pas grand chose à voir avec notre affaire. L’égalitarisme est une doctrine prônant l’égalité, qui englobe tous les aspects : le genre, l’origine, la classe sociale, l’orientation sexuelle… Si tu es égalitariste, tu es forcément féministe, c’est inclus dans le package. Et il semble judicieux de considérer ces inégalités séparément, car elles représentent toutes un combat à part entière ! (voir à ce propos ce très bon post de mécréantes)

2 Le féminisme était important autrefois, à l’époque des suffragettes, mais aujourd’hui l’égalité est atteinte. J’espère que tous les exemples que j’ai rassemblés dans cet article suffisent à prouver le contraire, et je voudrais rajouter que ceux qui utilisent cet argument aujourd’hui se seraient sans doute opposés aux suffragettes, considérées comme extrémistes à l’époque ! C’est beaucoup plus facile de vouloir que ce qui est “normal” aujourd’hui le reste que de faire un effort d’ouverture d’esprit ! Dans cinquante ans, quand on regardera en arrière et que nos petits-enfants trouveront horrible le sexisme de 2020… est-ce que vous voudrez leur dire que vous avez participé au changement, ou que papi était trop occupé à défendre le mot “égalitariste” et à dire à mamie qu’elle pourrait quand même s’épiler les aisselles pour aller à la plage ?

3 Faut pas mettre tous les hommes dans le même panier, moi je ne suis pas comme ça. Alors, je sais que c’est difficile à entendre, mais ceux qui utilisent des arguments comme ça vont devoir accepter que le monde ne tourne pas autour d’eux. Les hommes ont tendance à prendre tous les propos féministes comme des attaques personnelles, alors qu’en réalité ces propos s’attaquent au sexisme. Quelle que soit la pureté du comportement d’un homme envers les femmes, 1) il est très possible qu’il porte comme tout un chacun des préjugés intériorisés, 2) ça ne le dispense pas de s’opposer au sexisme

4 On ne parle pas assez de [insérer une autre cause]. Ah, nous revoilà au syndrome du végétarien qui ne devrait pas prendre l’avion ni avoir de smartphone. A savoir que quand on commence à s’attaquer à une cause, on devrait être irréprochable sur toutes les autres. Alors oui, les hommes aussi peuvent subir des injonctions et être victimes de viol, et OUI, c’est un sujet important, mais c’est tout simplement un autre sujet. L’idée, c’est d’avancer sur les différents sujets, et pas d’en brandir un chaque fois qu’on en évoque un autre, parce qu’on ne peut pas parler de tout à la fois et que ça ne fait pas avancer les choses. Si vous lisez un article sur les injonctions féminines, au lieu de laisser un commentaire sur les injonctions masculines qui ne fera que polluer et détourner le sujet, allez tout simplement lire un article sur les injonctions masculines à la place ! Vous voyez l’idée ?  (à propos de la masculinité, je conseille le compte instagram “tu bandes ?” et la chaîne “vous êtes vraiment sympa“)

5 Il faut se concentrer sur les vrais combats, comme punir les violeurs, au lieu de se prendre la tête sur des détails comme l’écriture inclusive ou le port du soutien-gorge. Pourquoi attendre que l’irréparable soit commis pour se dire qu’il y a un problème dans notre société ? Il faut voir le sexisme comme un continuum, un iceberg dont la partie émergée cache tout un système invisible. Chaque petite manifestation de sexisme ordinaire participe à l’inégalité et à la culture du viol (oui, même cette blague de ton grand-oncle sur la blonde et le plombier que tu trouves quand même un peu drôle, désolée).

Rassemblons-nous au lieu de nous diviser ! 

Je comprends tout ce mic-mac autour du féminisme. C’est dur à admettre, mais moi-même, je n’ai pas envie de porter une étiquette qui me prive souvent de la considération masculine. Je n’ai pas envie que quand on me présente à quelqu’un, on précise “je te préviens, elle est un peu féministe” pour dire poliment que je suis une chieuse. Je n’ai pas envie de porter la responsabilité de cette position dans les discussions alors que je n’aime pas me mettre en avant. 

Mais, j’ai encore moins envie de continuer à véhiculer le sexisme, alors j’accepte de porter l’étiquette “féministe”, car la considérer comme négative c’est laisser le sexisme triompher. 

Gardons à l’esprit que dans un mouvement, il y a toute une palette de personnalités, pas seulement celle qui fait le plus de bruit. Il y a ceux qui collent des affiches, interpellent et provoquent, rassemblent les troupes ; ceux qui passent du temps depuis leur chambre à se renseigner sur le pourquoi du comment, lisent des livres, et aident à véhiculer l’information ; ceux qui se contentent d’être d’accord et d’avoir le courage de le dire quand il le faut ; ceux qui ne font que commencer à s’y intéresser doucement ; etc. Moi-même, je n’ai pas le courage de sortir non-épilée ou de critiquer mes proches car je n’aime pas attirer l’attention et générer le conflit. Je lis un livre ou un article sur le sujet de temps en temps, mais pas souvent, car je préfère lire des fictions que de me souvenir que le monde est moche. Mais pas besoin de crier dans la rue pour être féministe : il suffit de penser que les femmes ne sont pas des paillassons, et vous remplissez les critères. 

Oui, je trouve que certaines féministes vont trop loin et diabolisent les hommes. Non, je ne me reconnais pas dans 100% du mouvement. Oui, je considère que certaines femmes sont assez dérangées ou en manque d’attention pour utiliser le #meetoo par effet de mode. Mais en ressentant ces choses là, c’est de la connerie humaine dont j’ai peur : pas du féminisme en lui-même. Arrêtons de nous tromper d’ennemis : si tous ceux qui s’opposent au sexisme se rassemblaient pour vraiment s’opposer au sexisme, au lieu de se diviser sur des questions métaphysiques, le sexisme ne ferait pas long feu ! 

Ne perdons plus de temps pour vraiment s’attaquer à ce sujet, il concerne quand même la moitié de la population… et l’autre moitié aussi, d’ailleurs. Un monde sans sexisme, ce serait aussi un monde où les hommes pourraient exprimer leurs émotions au lieu de les refouler, passer plus de temps avec leurs enfants… On a parfois l’impression qu’être féministe c’est s’opposer aux hommes, alors que c’est tout le contraire. Les deux sexes sont coupables et victimes du sexisme. Un homme féministe n’est pas un homme efféminé (même si ça ne devrait pas être négatif) : c’est un homme courageux. 

Merci infiniment d’avoir lu cet article avec l’esprit ouvert, ça fait de vous une personne qui participe à créer un monde meilleur et je suis très heureuse de vous avoir dans mon entourage. Prenez soin de vous, soyez patients avec ceux qui n’ont pas eu les bonnes informations, et ne vous fatiguez pas avec ceux qui tiennent très fort à leur mauvaise foi. On se retrouve dans les commentaires pour votre opinion, vos témoignages, vos doutes existentiels ou objections éventuelles !

Elise

Pour aller plus loin : 

  • Livres faciles, rapides et agréables à lire : Libérées ! de Titiou Lecoq, Beyonce est-elle féministe ? de Margaux Collet et Raphaëlle Rémy-Leleu
  • Et pour aller plus loin et comprendre le problème à la racine, je conseille les livres de Mona Chollet : Sorcières, la puissance invaincue des femmes et Beauté fatale
  • Je ne l’ai pas encore lu, mais on conseille souvent pour les hommes spécifiquement Descente au coeur du mâle de Raphaël Laugier 
  • Comptes instagram : Mécréantes, Sorcière ta mère, T’as pensé à
  • Le podcast “les couilles sur la table”
  • Les excellents Ted talks sur le féminisme, notamment celui-ci et celui-là
Comment trouver sa place quand on est multipotentiel / multipassionné ?

Comment trouver sa place quand on est multipotentiel / multipassionné ?

Bonjour à tous !

ça fait longtemps, non ? Vous êtes toujours là ?…

Alors oui, je sais bien que si on veut avoir un blog qui marche, il faut poster régulièrement. Mais oubliez donc cette mentalité de productivité capitaliste que je vous ai attribuée sans vous demander votre avis. Tout comme un humain, avant de marcher, un blog ça titube, ça tombe, ça se repose, et ça se relève. Et tout comme moi, puisque je l’ai fait à mon image, ce blog a du mal à trouver son chemin dans ce monde.

Grâce à un coloc bien avisé qui se reconnaîtra s’il passe par là, j’ai pu récemment mettre un mot sur le problème pourtant évident qui m’empêche d’être aussi ambitieuse que je le voudrais. Je fais partie de la glorieuse caste des multipotentiels, ces êtres humains supérieurs qui ont beaucoup trop de talents pour ce bas monde (pas du tout). En fait, à ce terme, je préfère celui de “multipassionnée“, parce que je pense qu’on est tous multipotentiels, et que le problème consiste plutôt en ce manque de bon sens qui nous empêche de faire des choix. En résulte une impression que tout est possible, et une peur bleue de se fermer des portes. Concrètement, dans la vie de tous les jours, ça se présente comme ça :

Cerveau : Dis, Elise. Tu es une adulte, maintenant. On peut plus s’amuser comme avant à avoir mille passions à la fois, il faudrait faire un choix et s’y tenir. De préférence, quelque chose qui te donne un travail.

Moi : Mgnbhdjks.

Cerveau : Ah, oui, on n’a pas encore pris de café. Voilà, donc, si tu ne veux pas être prof toute ta vie, il y a l’écriture, le dessin, la cause animale, écologique et féministe, le blogging… On va laisser le reste de côté pour l’instant. J’ai fait une carte mentale très sophistiquée pour trouver une solution, et je me suis dit qu’on pourrait se lancer en freelance en continuant à enseigner, pour écrire des romans et faire un blog sur tout le reste, et on verra les opportunités que ça ouvre pour affiner le choix par la suite. Et le reste, on le garde en loisir, sans pression. Qu’en dis-tu ?

Moi : Je vais apprendre le ukulélé.

Cerveau : Quoi ? Mais si tu as envie de musique, on n’a qu’à reprendre la flûte, on avait atteint un bon niveau, ou au moins le piano ou le violon qu’on a essayés quand on était petits, mais je pense qu’il faudrait plutôt…

Moi : JE VAIS APPRENDRE LE UKULÉLÉ. C’est mon destin, comment ai-je pu passer à côté si longtemps ?

Et c’est ainsi qu’Elise ne trouva pas de place dans la vie.

Henri Gervex, Cerveau tentant de raisonner Elise

Ce qui est assez problématique dans un monde où on est censé trouver un travail à temps plein qui définit notre quotidien et même notre identité. Mais rien ne sert de se lamenter sur l’hostilité de ce bas monde pour les âmes créatives (après tout, si on n’est pas contents, on n’a qu’à déménager au pays des schtroumpfs pour devenir troubadour). Je préfère persévérer à chercher les petits chemins qui me permettent d’y évoluer sans sacrifier ce qui me tient à cœur. Je profite d’avoir beaucoup lu et réfléchi sur ce “problème” pour partager le fruit de mes tribulations à ceux qui par hasard s’y reconnaîtraient.

(J’ai beaucoup hésité à publier quelque chose sur le sujet parce que ça fait très “problème de riche” et les problème de riches ont arrêté d’être en vogue depuis la mort de Lamartine à peu près, mais trop tard, je suis lancée.)

Passion amoureuse, passion artistique, même combat

Rassurez-vous tout de suite, ce papillonnage ne s’applique pas à ma vie amoureuse, qui n’est d’ailleurs absolument pas le sujet (ouf). L’idée, c’est juste de filer une petite métaphore entre ces fonctionnements. Comme dans une relation amoureuse, quand on commence une nouvelle activité, il y a une période de lune de miel, où tout est idyllique. Tout semble facile, on a l’impression qu’on pourrait aller aussi loin qu’on voudrait, on se projette… Puis les premières difficultés arrivent.

  • Alors, on peut prendre sur soi pour les surmonter, et même si on ne retrouvera pas la même euphorie qu’au début, on découvrira de nouveaux bonheurs, celui d’avoir un soutien solide dans les moments durs, de pouvoir s’engager dans de vrais projets ensemble, etc.
  • Et si ça venait à ne pas marcher, on serait tenté de se dire qu’on a perdu notre temps, mais pas du tout ! Comme dans une relation amoureuse qu’il a fallu laisser derrière soi, on a appris et on a grandi. La bonne nouvelle, c’est que la séparation est beaucoup moins tragique avec un ukulélé qu’avec un être humain (tu peux même revenir quand tu veux vers le ukulélé si tu changes d’avis, il n’est pas rancunier !).

Bref, le but de cette comparaison, c’est de dire que le temps passé à aimer n’est jamais perdu. La limite de la comparaison, c’est que les relations que vous entretenez avec vos loisirs n’ont pas besoin d’être exclusives.

Faut-il choisir ?

Oui, il le faut, car la vie est ainsi, on ne peut pas commander tous les desserts au restaurant, épouser tous les jolis coeurs qui passent, ni porter une chemise imprimée léopard avec une jupe à fleurs. En navigant sur internet, on retrouve souvent le conseil de ne pas se forcer à choisir quand on traîne le charmant boulet de la multipotentialité : “voyez votre différence comme une chance ! expérimentez ! amusez-vous !” écrivent les spécialistes, qui visiblement ont passé trop de temps au pays des schtroumpfs. Merci Jami, mais j’aspire à me trouver une place quelque part dans ce monde, en fait.

Or le cœur du problème pour les multipassionnés, c’est de faire coïncider les sphères “respecter son identité plurielle dans le but d’être épanoui” et “gagner de l’argent parce qu’il faut manger à un moment quand même”. (Sur instagram, les influenceurs qui suivent ce fameux conseil de ne pas choisir et se présentent comme des créatifs qui manient aussi bien l’aquarelle, la couture, le chant, la photographie, la pâtisserie sans gluten, le yoga et le bouturage de mandarinier, surprise, ont bien souvent un.e partenaire ayant une situation financière stable. Ne vous y trompez pas !)

Mon idée pas du tout révolutionnaire, c’est de séparer totalement ces deux sphères : avoir un job (ce qui n’est pas si simple dans le contexte actuel mais c’est un autre sujet) et faire ce qui me passionne à côté. Et ce, jusqu’à ce que ce qui me passionne déborde dans la sphère de la rémunération : pas avant ! Et si ça n’arrive jamais, c’est la vie, je n’attendrai pas ça pour être heureuse. Cette solution paraît simple et évidente, mais quand on traîne sur internet, on tombe trop souvent sur des injonctions à suivre nos rêves dès aujourd’hui car seul le présent nous appartient, avec bien sûr des citations de sages indiens et des photos de levers de soleil.

Donc : oui, il faut choisir, SI vous voulez faire coincider une ou des passions avec votre métier, MAIS vous pouvez très bien ne pas le faire, AUQUEL CAS vous n’avez plus cette pression-là du choix, MAIS quand même un peu car votre temps sera limité par votre gagne-pain. Voilà, c’est beaucoup plus clair, non ?…

Van Gogh, Multipassionnés qui cherchent une solution à leur problème dans cet article

Retomber en enfance

L’enfance est bien souvent l’âge d’or des multipassionnés, où ils développent en toute innocence cette terrible tare qui leur portera préjudice dans quelques années. Pour peu qu’on ait des parents conciliants, on peut s’amuser à changer de sport et d’instrument tous les ans, remplir des carnets d’histoires et de dessins, briller dans toutes les matières à l’école, et par là récolter une approbation totale de la société. Puis, du jour, au lendemain, on nous demande : “bon, passons aux choses sérieuses, tu veux être scientifique, littéraire ou looser ?” et les choses se compliquent. Certaines personnes s’y font, d’autres vivent mal ce refoulement, et d’autres, comme moi, font leur petit bonhomme de chemin, mais toujours en traînant des aspirations artistiques comme des chewing-gum sous les chaussures.

Après les avoir tristement oubliées quelques années, je les ai retrouvées, mais avec mes yeux d’adultes. Tout avait changé. J’avais la ferme impression que si je voulais en faire quelque chose, c’était sérieusement ou rien. Tu veux écrire ? Très bien, mais alors écris un roman jusqu’au bout, publie-le, et crée-toi une présence en ligne pour trouver du boulot comme copywriter, car tu ne pourras pas vivre de tes droits d’auteur. Tu veux dessiner ? Ok, à la limite tu pourrais faire des livres pour enfant illustrés, mais alors fais ça correctement, forme-toi, et fais-toi un compte instagram quand ça ressemblera à quelque chose. Tu veux jouer de la musique ? Non, là par contre laisse tomber, tu ne rattraperas jamais le niveau de ceux qui ont fait dix ans de conservatoire.

Cette exigence est le lot est de ceux qui pensent que tout est possible dans leur vie. La vérité, c’est que cette mentalité m’a profondément déprimée, car alors qu’elle est censée nous permettre de concrétiser nos passions, elle peut surtout nous en dégoûter. Elle peut s’avérer très utile, mais quand elle apparaît au bon moment : pas avant. Car avant de vendre (même si ce n’est pas très romantique, c’est de ça qu’il s’agit, après tout), il faut être compétent. Et comment ai-je acquis mes compétences ? En remplissant des carnets, quand j’étais petite, sans objectif précis, sans me poser de questions et sans compter les heures.

C’est cet état d’esprit qu’il faudrait réussir à retrouver, car il permet de s’épanouir ici et maintenant, avant de peut-être un jour créer une casquette de pro sur-mesure pour cette passion. En se lançant dans l’aventure avec des yeux d’adulte, on va au contraire déformer sa passion pour cette casquette de pro, et on risque de passer à côté de toute sa potentialité. Et la magie dans tout ça, c’est qu’avec la mentalité d’enfant, la problématique du choix va se résoudre en partie d’elle-même.

Exemple : j’ai réussi à finir un roman parce que je suis retombée en enfance, j’ai laissé tomber mon organisation et mes to-do listes d’adultes pour m’y plonger sans compter les heures, parfois au prix de quelques nuits blanches. Par contre, j’ai naturellement laissé tomber mon idée de devenir graphiste, car c’est clairement un loisir que je me suis créé pour y poser une casquette de pro dès que possible, et je n’ai jamais ressenti cet état particulier où on arrête de compter les heures.

Conclusion

(Si vous vous demandez comment je peux conclure après être partie dans tous les sens, ne cherchez pas, c’est l’un de mes nombreux talents de multipotentielle).

Je pense que ce qui fait le plus de tort à un multipassionné, c’est de vouloir trouver un sens et une utilité à tout ce qu’il fait. Comme il fait trop de chose, sa vie devient alors une course contre le temps un peu vaine et très angoissante. J’ai moins l’impression d’être une vieille chaussette inutile depuis que j’ai compris que je ne perds pas mon temps quand je m’adonne à une activité destinée à être abandonnée un peu plus tard. C’est ma manière de passer le temps, d’apprendre, de grandir, elle est un peu étrange mais j’ai toujours fait avec. Par contre, je me fais beaucoup de mal quand je me mets à réfléchir à comment diable je pourrais gagner ma vie avec cette activité.

Pourtant, rien de plus normal, c’est comme ça qu’on nous apprend à penser, c’est cette mentalité qui nous permet de rester en vie dans le monde tel qu’il est aujourd’hui. Mais je peux vous dire qu’elle ne fonctionne PAS sur les pratiques créatives, car celles-ci demandent qu’on y passe des heures et des heures sans être rémunéré, et sans même la garantie de l’être un jour. Pour ma part, je compte donc protéger mon âme d’artiste en la séparant de la sphère professionnelle, pour la développer avec une mentalité d’enfant qui lui va beaucoup mieux. Concrètement, ça consiste à se coucher à pas-d’heure parce que je suis plongée dans l’écriture d’un roman, à bloguer au fil de l’eau sans niche et sans calendrier éditorial, etc. Il y aura peut-être d’autres hobbies qui apparaîtront puis disparaîtront, d’autres qui se développeront et cohabiteront. Pas de problème ! Si j’ai retrouvé mon enthousiasme de gamine pour l’écriture, je défendrai la place qui lui revient dans ma vie bec et ongles.

Je peux ainsi profiter du double avantage de me sentir à nouveau heureuse de créer (vous avez vu comme les gosses sont heureux quand ils dessinent une maison ??), et de progresser. Si un jour j’ai assez progressé pour passer à la vitesse supérieure et me professionnaliser, je pense que je le saurai et que je m’organiserai en conséquence. Mais pas la peine de se prendre la tête avant !

Conclusion de la conclusion, il s’agit de mon expérience personnelle que j’ai décidé de partager dans l’idée un peu hasardeuse que quelqu’un s’y retrouverait, mais le plus important, c’est d’envoyer valser les injonctions et de bidouiller comme bon nous semble pour se créer une vie qui nous va bien. Et comme ça prend du temps, avoir des objectifs c’est bien beau, mais n’oublions pas d’apprécier le chemin comme il se doit ! *insérer ici un proverbe indien et une photo de lever de soleil*

Petite réflexion sur la consommation

Petite réflexion sur la consommation

Je ne juge pas les gens qui fument. 

Je ne les juge pas, car je sais que les addictions prennent bien d’autres formes, plus sournoises, et que personne n’y échappe. Allez, vous voyez bien de quoi je parle. On est accros à nos smartphones, au sucre, à la reconnaissance sociale, à N’oubliez pas les paroles (ah non ? pas vous ?). Mais je pense que l’addiction la plus répandue et la plus invisible, c’est celle à la consommation. J’ai beau être la femme parfaite à peu de choses près, même moi, je ne suis pas épargnée. Alors, je ne jugerai personne. Mais ces temps-ci, ça me fait réfléchir, et je voulais partager avec vous ce petit morceau de réflexion.

Le syndrome du merdier 

Juste avant le début du confinement, j’ai dû faire ma valise en une nuit pour déménager. Sur le moment, je me suis félicitée. J’appartiens à cette génération un peu transitoire, qui a grandi dans un monde où le bonheur consistait à avoir beaucoup de jouets puis à faire du shopping avec des amies, et qui a découvert du jour au lendemain que la surconsommation appartenait au passé et qu’on devait réinventer nos habitudes. Alors, j’étais plutôt fière d’en être arrivée là : alors que quand j’étais petite, je pouvais sans doute remplir une piscine avec mes jouets et mes fringues, j’étais désormais capable de faire rentrer ma vie dans une valise. Mais en vérité, mes possessions s’étalent un peu partout, chez mes parents, chez ma grand-mère, dans mon ancien appartement laissé à l’abandon…

Alors, pour me remettre à ma place, je me suis souvenue du sketch visionnaire de Roland Magdane, “le merdier”. Le merdier, c’est ce tas de choses qu’on accumule en tant que consommateurs. C’est tellement préhistorique que ce n’est pas sur youtube, alors je vous partage ici un extrait (et la moustache de Magdane, pour garder toute la saveur) :

“Et tu l’aimes, tu l’aimes ton merdier ! Ben oui, c’est vrai, quand tu pars en vacances, si tu te laissais faire, tu prendrais absolument tout ton merdier. Tu ne peux pas. Pour les vacances, il faut être raisonnable. Donc, pour les vacances, tu te fais un mini merdier. Un merdier portable. Deux valises de merdier, minimum ! Tu arrives à l’aéroport, tu enregistres tous tes bagages, mais tu ne peux pas t’empêcher de garder un petit sac de merdier avec toi. Le merdier que tu aimes le plus. Le merdier, que si l’avion s’écrase, tu veux l’avoir avec toi. C’est pour te sécuriser.”

Ce sentiment de sécurité, de réconfort, on en a bien besoin en ce moment. Mais ce n’est plus aussi simple que du temps où on pouvait commander un truc en ligne sans se poser plus de question que celle du prix. 

Le vrai prix du merdier 

Le constat est très simple et irréfutable : nous consommons plus que ce que la planète peut nous fournir. Ces temps-ci, pour toutes les personnes dont l’activité est interrompue, il s’agit aussi de ne pas consommer plus que ce que leur portefeuille peut leur fournir. Sans parler du fait que le virus voyage et se transmet à travers ce qu’on achète et ce qu’on commande. Bref, tout nous pousse à n’acheter que le nécessaire (et encore, pour peu qu’on vive seul, on en viendrait à se demander si le déodorant c’est vraiment nécessaire). Mais ce n’est pas du virus-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ni d’écologie dont je veux vous parler. 

Je voudrais parler de ce qui nous entoure, là, chez nous, et cette impression que toujours quelque chose manque. Est-ce que vous la ressentez aussi ? Est-ce que vous aussi vous vous êtes dits que si c’est autorisé de commander sur Amazon, alors c’est que ça ne présente aucun risque ? Que l’économie doit être soutenue, alors que vous êtes comme moi “bac moins quinze” en économie ? Bref, est-ce que vous avez acheté quelque chose d’inutile ce mois-ci ? Est-ce que vous pensez à tout ce que vous voulez acheter après le confinement ?

Vous êtes donc accros. Bienvenue au club. Venez vous asseoir avec moi, on va en parler. 

Hippolyte Lecomte, Shopping post-confinement

Je me pose ces quelques questions, en vrac : 

  • Pourquoi la vie sociale est-elle toujours liée à la consommation ? Pourquoi on doit toujours boire, manger ou regarder quelque chose quand on est avec des gens ? 
  • Pourquoi aujourd’hui on sait que Noël, la fête des mères et tout le reste ont perdu de leur sens par leur aspect commercial, mais on a toujours peur de passer pour le radin de service si on offre un dessin à sa maman ?
  • Pourquoi est-ce qu’on a besoin de nouveaux vêtements chaque année, alors qu’avant on se les transmettait de génération en génération et ils restaient en bon état ? 
  • Pourquoi j’ai besoin d’acheter une nouvelle console si je veux jouer à Animal Crossing avec mes amis, alors que ma vieille Playstation marche très bien ? 
  • Pourquoi on déménage dans des appartements vides avec SA table, SON canapé, alors que franchement, une table c’est une table et un canapé c’est un canapé ?
  • Pourquoi quand on devient écolo, au lieu d’acheter moins, on achète des pailles en inox, des t-shirt en coton bio, et autres trucs en bambous ? 

On pourrait me donner de grandes réponses, me parler du prolétariat, de capitalisme, de minimalisme, et de plein d’autres choses. Très sincèrement, ma réflexion ne s’aventure pas aussi loin. D’ailleurs je serais mal placée pour dire qu’acheter c’est mauvais en soi, parce que j’aimerais bien qu’un jour on achète mes livres. 

Je veux juste faire un constat de cette addiction sournoise, et vous proposer de faire avec moi un premier pas vers la désintox, pour notre santé mentale immédiate.

Vivons heureux dans notre merdier

Ça peut être intéressant de noter sur un papier les choses qui vraiment nous manquent et qu’on achètera dans tous les cas, au fur et à mesure que ce sera possible et pertinent. Déjà, pour se rendre compte qu’il n’y en a pas beaucoup, et qu’aucune ne manque cruellement ; et surtout, pour n’avoir plus besoin d’y penser. Plus besoin de passer du temps sur des boutiques en ligne, à ouvrir de temps en temps la partie “promotions” de sa boîte mail au cas où, avoir toujours cette envie d’acheter quelque chose dans un coin de sa tête sans trop savoir quoi… On peut regarder autour de nous, et se dire “voilà, c’est chez moi, c’est ce que j’ai, et c’est très bien.” Tout simplement.

Qui sait, peut-être que ça libérera de l’espace dans ma tête pour plein de belles choses, comme par exemple arrêter d’oublier mes tartines dans le four (parce que je ne me suis pas achetée de grille-pain, vous suivez ?)

Merci pour votre lecture, ce sujet est assez récent pour moi et m’intéresse beaucoup, alors n’hésitez pas à me raconter votre rapport à la consommation pour cogiter ensemble !

Elise