Petite réflexion sur la consommation

16/04/20 | Divers, Ecologie, Réflexions

Je ne juge pas les gens qui fument. 

Je ne les juge pas, car je sais que les addictions prennent bien d’autres formes, plus sournoises, et que personne n’y échappe. Allez, vous voyez bien de quoi je parle. On est accros à nos smartphones, au sucre, à la reconnaissance sociale, à N’oubliez pas les paroles (ah non ? pas vous ?). Mais je pense que l’addiction la plus répandue et la plus invisible, c’est celle à la consommation. J’ai beau être la femme parfaite à peu de choses près, même moi, je ne suis pas épargnée. Alors, je ne jugerai personne. Mais ces temps-ci, ça me fait réfléchir, et je voulais partager avec vous ce petit morceau de réflexion.

Le syndrome du merdier 

Juste avant le début du confinement, j’ai dû faire ma valise en une nuit pour déménager. Sur le moment, je me suis félicitée. J’appartiens à cette génération un peu transitoire, qui a grandi dans un monde où le bonheur consistait à avoir beaucoup de jouets puis à faire du shopping avec des amies, et qui a découvert du jour au lendemain que la surconsommation appartenait au passé et qu’on devait réinventer nos habitudes. Alors, j’étais plutôt fière d’en être arrivée là : alors que quand j’étais petite, je pouvais sans doute remplir une piscine avec mes jouets et mes fringues, j’étais désormais capable de faire rentrer ma vie dans une valise. Mais en vérité, mes possessions s’étalent un peu partout, chez mes parents, chez ma grand-mère, dans mon ancien appartement laissé à l’abandon…

Alors, pour me remettre à ma place, je me suis souvenue du sketch visionnaire de Roland Magdane, “le merdier”. Le merdier, c’est ce tas de choses qu’on accumule en tant que consommateurs. C’est tellement préhistorique que ce n’est pas sur youtube, alors je vous partage ici un extrait (et la moustache de Magdane, pour garder toute la saveur) :

“Et tu l’aimes, tu l’aimes ton merdier ! Ben oui, c’est vrai, quand tu pars en vacances, si tu te laissais faire, tu prendrais absolument tout ton merdier. Tu ne peux pas. Pour les vacances, il faut être raisonnable. Donc, pour les vacances, tu te fais un mini merdier. Un merdier portable. Deux valises de merdier, minimum ! Tu arrives à l’aéroport, tu enregistres tous tes bagages, mais tu ne peux pas t’empêcher de garder un petit sac de merdier avec toi. Le merdier que tu aimes le plus. Le merdier, que si l’avion s’écrase, tu veux l’avoir avec toi. C’est pour te sécuriser.”

Ce sentiment de sécurité, de réconfort, on en a bien besoin en ce moment. Mais ce n’est plus aussi simple que du temps où on pouvait commander un truc en ligne sans se poser plus de question que celle du prix. 

Le vrai prix du merdier 

Le constat est très simple et irréfutable : nous consommons plus que ce que la planète peut nous fournir. Ces temps-ci, pour toutes les personnes dont l’activité est interrompue, il s’agit aussi de ne pas consommer plus que ce que leur portefeuille peut leur fournir. Sans parler du fait que le virus voyage et se transmet à travers ce qu’on achète et ce qu’on commande. Bref, tout nous pousse à n’acheter que le nécessaire (et encore, pour peu qu’on vive seul, on en viendrait à se demander si le déodorant c’est vraiment nécessaire). Mais ce n’est pas du virus-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ni d’écologie dont je veux vous parler. 

Je voudrais parler de ce qui nous entoure, là, chez nous, et cette impression que toujours quelque chose manque. Est-ce que vous la ressentez aussi ? Est-ce que vous aussi vous vous êtes dits que si c’est autorisé de commander sur Amazon, alors c’est que ça ne présente aucun risque ? Que l’économie doit être soutenue, alors que vous êtes comme moi “bac moins quinze” en économie ? Bref, est-ce que vous avez acheté quelque chose d’inutile ce mois-ci ? Est-ce que vous pensez à tout ce que vous voulez acheter après le confinement ?

Vous êtes donc accros. Bienvenue au club. Venez vous asseoir avec moi, on va en parler. 

Hippolyte Lecomte, Shopping post-confinement

Je me pose ces quelques questions, en vrac : 

  • Pourquoi la vie sociale est-elle toujours liée à la consommation ? Pourquoi on doit toujours boire, manger ou regarder quelque chose quand on est avec des gens ? 
  • Pourquoi aujourd’hui on sait que Noël, la fête des mères et tout le reste ont perdu de leur sens par leur aspect commercial, mais on a toujours peur de passer pour le radin de service si on offre un dessin à sa maman ?
  • Pourquoi est-ce qu’on a besoin de nouveaux vêtements chaque année, alors qu’avant on se les transmettait de génération en génération et ils restaient en bon état ? 
  • Pourquoi j’ai besoin d’acheter une nouvelle console si je veux jouer à Animal Crossing avec mes amis, alors que ma vieille Playstation marche très bien ? 
  • Pourquoi on déménage dans des appartements vides avec SA table, SON canapé, alors que franchement, une table c’est une table et un canapé c’est un canapé ?
  • Pourquoi quand on devient écolo, au lieu d’acheter moins, on achète des pailles en inox, des t-shirt en coton bio, et autres trucs en bambous ? 

On pourrait me donner de grandes réponses, me parler du prolétariat, de capitalisme, de minimalisme, et de plein d’autres choses. Très sincèrement, ma réflexion ne s’aventure pas aussi loin. D’ailleurs je serais mal placée pour dire qu’acheter c’est mauvais en soi, parce que j’aimerais bien qu’un jour on achète mes livres. 

Je veux juste faire un constat de cette addiction sournoise, et vous proposer de faire avec moi un premier pas vers la désintox, pour notre santé mentale immédiate.

Vivons heureux dans notre merdier

Ça peut être intéressant de noter sur un papier les choses qui vraiment nous manquent et qu’on achètera dans tous les cas, au fur et à mesure que ce sera possible et pertinent. Déjà, pour se rendre compte qu’il n’y en a pas beaucoup, et qu’aucune ne manque cruellement ; et surtout, pour n’avoir plus besoin d’y penser. Plus besoin de passer du temps sur des boutiques en ligne, à ouvrir de temps en temps la partie “promotions” de sa boîte mail au cas où, avoir toujours cette envie d’acheter quelque chose dans un coin de sa tête sans trop savoir quoi… On peut regarder autour de nous, et se dire “voilà, c’est chez moi, c’est ce que j’ai, et c’est très bien.” Tout simplement.

Qui sait, peut-être que ça libérera de l’espace dans ma tête pour plein de belles choses, comme par exemple arrêter d’oublier mes tartines dans le four (parce que je ne me suis pas achetée de grille-pain, vous suivez ?)

Merci pour votre lecture, ce sujet est assez récent pour moi et m’intéresse beaucoup, alors n’hésitez pas à me raconter votre rapport à la consommation pour cogiter ensemble !

Elise

8 Commentaires

  1. Juliette

    Intéressante réflexion… c’est vrai que le confinement nous pousse à nous demander de quoi nous avons réellement besoin. Pour ma part, ça va, j’ai pas trop l’impression d’être tiraillée par l’envie d’acheter (le seul truc où je me lache c’est la bouffe haha). Mais après c’est sûr, on a tous un sacré merdier chez soi…

    Réponse
    • Elise

      Pareil, en même temps j’ai envie de dire la bouffe c’est la vie !

      Réponse
  2. Eric

    Très intéressant. En bon voltaïque, j’essaie aussi de ne plus trop grossir mon merdier déjà constitué. Courage Élise!

    Réponse
    • Elise

      Merci pour ta lecture Eric ! C’est une belle surprise ! Et courage aussi dans la quête du merdier 😀

      Réponse
  3. Bruno H

    Chère cousine, quel grand plaisir nous avons eut avec Laura en découvrant TON blog! Dans un premier temps nous tenons à te féliciter et à t’encourager (Laura parle en connaissance de cause!!)
    L’univers que tu abordes est et fera certainement parti des sujets primordiaux du XXIème siècle et nous sommes aussi sensible à cela. Nous ne sommes surement pas autant engagé que toi mais nous tentons petit à petit de faire évoluer notre quotidien et notamment notre surconsommation … 🙂 (On ouvre aussi les yeux sur la bêtise humaine, hihi)
    Au passage Laura n’est pas d’accord quand tu dis “qu’il ne vaut mieux pas t’avoir à côté de soi dans les réunions de famille” car justement cela serait un immense plaisir 🙂

    Grosses bises

    Réponse
    • Elise

      Merci ! C’est trop gentil, ça me touche que mon blog soit apprécié par la blogueuse pionnière de la famille, j’espère qu’un jour mon blog sera aussi beau que le sien mais c’est pas pour tout de suite, je devrais aller le voir plus souvent d’ailleurs 😀 je suis touchée aussi de votre sensibilité au sujet de l’article, je vais essayer d’aborder plein de sujets, j’espère qu’il y en aura d’autres qui vous intéresseront ! Haha ça c’est parce que vous m’avez pas vu depuis longtemps, je deviens aigrie avec l’âge (non je rigole)
      Merci pour votre commentaire en tout cas il me fait trop plaisir !

      Réponse
  4. Justine

    Je rattrape mon retard sur tes articles et déjà je tiens à te féliciter pour ton blog à travers lequel je te reconnais mais surtout j’ai l’impression de t’écouter !
    Mon rapport à la consommation est particulier car je n’ai jamais demandé grand chose à Noël ou je ne veux pas LE dernier téléphone en vogue ou les derniers jeux sortis (je peux facilement patienter quelques temps – un ou deux ans- pour avoir un jeu moins cher) ce qui n’est pas le cas de ma soeur qui se jette sur les précommandes et éditions limités pour avoir des consoles ou jeux en double et triple. cependant, je ne suis pas moi même parfaite car mon amour des livres et plus particulièrement des mangas m’a transformé en terrible collectionneuse qui achète des produits dérivés qui deviennent, et oui madame, un sacré “merdier” ! MAIS travailler dans le monde du livre et en avoir à disposition comme je le souhaite (un avantage que peu ont certes, je reconnais ma chance) me permet d’avoir du recul et de me dompter un peu. mais bon j’en suis encore loin ! Néanmoins consommer en tant qu’activité de lien social me fait vraiment du bien car je consomme, je mets mon argent dans ce que j’aime : passer du bon temps (boire, manger, aller au ciné ou lire)! Bref, un très bon article qui n’incite qu’à lire les autres et les prochains.

    Réponse
    • Elise

      Merciiii ma Justine je suis trop heureuse de t’avoir parmi mes lectrices et ça me touche beaucoup de savoir que j’arrive à faire transparaître qui je suis dans mes articles ! Et merci pour ton témoignage, mais je tiens à préciser que ma vision des choses c’est pas qu’il faut être “parfaite” en n’achetant plus rien du tout ! C’est plus d’essayer de garder de la lucidité par rapport au fait qu’en grandissant dans une société de consommation on a développé certains automatismes qui peuvent nous rendre moins heureux… mais acheter des livres et aller au cinéma je suis complètement pour ! Pour ce qui est de collectionner quelque chose c’est sûr que ça fait un sacré merdier, ce qui n’est pas un problème en soi, mais à condition d’être posé quelque part, ce qui n’est pas forcément le cas à notre âge. Vivement qu’on soit riche et qu’on s’achète des maisons dans le Var pour s’enterrer sous nos bouquins haha !

      Réponse

Laissez une réponse à Bruno H Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code